Balade insolite au Louvre : 4 tableaux à (re)découvrir !

Pas évident d'évoquer l'insolite quand on parle de l'un des musées les plus visités et prestigieux du monde : le Musée du Louvre. Une lignée de city guides, sites d'avis de voyeurs, forums en tout genre ont déjà peint et repeint les différentes œuvres emblématiques qui font la renommée de ce lieu.

L’ancienne résidence des rois de France, devenue, après un saut dans le temps, musée le plus visité au monde, renferme derrière ses murs plus de 35 000 œuvres sur près de 73 000 m2 (dont les plus anciennes datent de 7 000 ans). Rassurez-vous, je ne vais pas me lancer dans une longue litanie sur son histoire. Sachez que certaines œuvres peuvent encore vous surprendre au point d’être tenté à payer de nouveau un droit d’entrée pour une visite au Musée du Louvre de Paris.

La petite promenade que je vous propose est radicalement différente car elle s’attache plus aux détails qu’à un ensemble : des petits riens insoupçonnés au premier regard mais surprenant quand on prend le temps de s’y attarder. Parcourez l’article, levez l’œil sur ces curiosités et juger par vous-même  si « balade insolite au Louvre » n’est pas un titre trop galvaudé ;). Lacez bien vos chaussures, prenez votre appareil photo, c’est parti pour une promenade insolite à travers quatre œuvres majeures !

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« Le Sacre de Napoléon »

"Le Sacre de Napoléon" de Jacques-Louis David. Napoléon au centre qui couronne Joséphine de Beauharnais, sa femme. La mère de Napoléon trône au centre.
« Le Sacre de Napoléon » de Jacques-Louis David. Napoléon au centre qui couronne Joséphine de Beauharnais, sa femme. La mère de Napoléon trône au centre.

Denon  – 1er étage  – Daru  – Salle 75 

Prenez par exemple l’imposant tableau « Le Sacre de Napoleon », peint par l’artiste néoclassique Jacques-Louis David. Cette oeuvre, d’une superficie identique à mon appartement (67m2), est la 2eme plus grande du Louvre, à quelques centimes derrière « Les Noces de Cana ». Passé ce détail de grandeur, saviez-vous que ce tableau était un acte de propagande orchestré par Napoléon 1er pour glorifier son sacre d’empereur en la Cathédrale Notre-Dame-de-Paris, le 2 décembre 1804. Napoléon, très soucieux de son image a demandé à son peintre officiel de faire quelques modifications, manipulant ainsi la vérité sur la scène de couronnement : l’empereur est peint plus grand qu’il ne l’a réellement été. On remarque également la place de choix qu’offre l’oeuvre à la mère de l’empereur : Maria Letizia Ramolino, trônant fièrement au centre de la loge principale, observant la scène avec une certaine fierté. En réalité, elle n’était pas présente ce jour-là, un acte délibéré pour manifester son désaccord face à la querelle entre Napoléon et Lucien, son frère cadet.



« Le Combat de David et Goliath »

Le Combat de David et Goliath de Daniele da VOLTERRA.
Le Combat de David et Goliath de Daniele da VOLTERRA.

Denon  – 1er étage  – Grande Galerie  – Salle 8 

Le long de la Grande Galerie du Louvre, vous ne pourrez passer à côté de ce tableau représentant la mise à mort de Goliath par David. Intitulé. « Le Combat de David et Goliath », cette oeuvre de Daniele de Volterra faite sur ardoise a la particularité de présenter la scène de combat de face et de dos. A mi-chemin entre sculpture et peinture, Volterra voulait prouver qu’une peinture pouvait rivaliser avec une sculpture en choisissant l’ardoise comme support, en dessinant une maquette en argile lors de la préparation et en jouant avec les contrastes des couleurs pour faire ressortir les volumes. Entre les deux faces, on observe quand même quelques différences : la position de Goliath, une mise à mort plus proche au verso ou encore l’expression de David différente entre les deux versions.



« Les Noces de Cana »

"Les Noces de cana" de Paul Véronèse
« Les Noces de cana » de Paul Véronèse

Denon – 1er étage – Salle de la Joconde – Salle 6

Dirigeons-nous au premier étage de l’Aile Denon, dans la salle de la Joconde et intéressons-nous au plus grand tableau du Louvre « Les Noces de Cana », datant de 1563, qui impressionne tant par sa grandeur que par le nombre de personnages représenté dans la scène : 132. Ce(tte) (chef-)œuvre réalisé(e) en seulement 15 mois par Paolo VERONESE, à destination des moines bénédictins de l’Abbaye de Venise, présente Jésus, en compagnie de ces disciples, transformant l’eau en vin au cours d’un repas vénitien. Petit détail qui est loin d’être anodin, Véronese s’est représenté au centre du tableau jouant de la viole de gambe (un dérivé du violon avec 6 cordes) face à son ami, le Grand Titien. En vertus des contributions de guerre acquises par la France lors de la première campagne d’Italie par le traité de Campoformio en 1797, le tableau entre au Musuem Central des Arts (ancien nom du Musée du Louvre).

J’ai pu récolté quelques détails croustillants du Service d’Etudes et de documentation du Musée du Louvre que je remercie chaleureusement pour leur aide. En effet, le transfert du tableau en France a été une sacrée aventure vue la taille imposante et la fragilité de l’oeuvre. Après avoir été réquisitionné par les Français, la toile a été roulée puis mise en caisse entre juin et août 1797. Cette même caisse a embarquée sur la frégate La Sensible le 26 septembre 1797, laquelle aborde à Toulon le 22 janvier 1798 puis arrive au Muséum central des Arts, le 31 juillet 1798. Un problème de taille s’est posé alors sur la consolidation du support et du rentoilage. Le Conseil du Muséum décida en novembre 1798 que la couture médiane de la toile sera décousue et qu’un nouveau châssis sera construit en deux parties, devant l’impossibilité de rentoiler le tableau d’une seule pièce. Le tableau est rentoilé entre décembre 1798 et juin 1799, puis sa couche picturale restaurée de juillet à décembre 1799. Les Noces de Cana font l’objet d’un nouveau rentoilage sur toile unique en 1850. En résumé, cette dernière a été purement et simplement coupée en deux, pour des questions de praticité et de protection de l’oeuvre ! 

Le tableau "Les Noces de Cana" exposé au Louvre, en face de la Joconde
Le tableau « Les Noces de Cana » exposé au Louvre, en face de la Joconde



« L’intérieur d’une cuisine »

"L'interieur de la cuisine" de Martin Drolling
« L’intérieur d’une cuisine » de Martin Drolling

Sully – 2 eme étage – Salle 58

Martin Drölling, peintre français connu pour ses œuvres de portraits et de scène de genre, a vécu pendant l’époque révolutionnaire qui fera couler beaucoup de sang. Entre arrestations et exécutions sommaires, les figures royales ne sont pas épargnées. Pire, leur dépouilles sont utilisées a des fins bien étranges. Le 16 octobre 1793, les urnes de l’Eglise Saint-Louis-des-Jésuites contenant les cœurs de 45 princes et princesses de la Maison de France sont profanées. Selon la légende (qui reste sans fondement scientifique), Martin Drölling, aurait acquis illégalement ces cœurs princiers à bons prix. A quelles fins ? Extraire sa couleur rouge pour en faire du brun de momie ou « mummie » (sorte de mélange de matière organique macérée dans de l’alcool et de l’aromate, sa composition reste encore mystérieuse) pour donner un effet sépia à son tableau « L’intérieur d’une cuisine« . Rien de mieux pour vous mettre en appétit, non
?

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