Promenade dans l’ancien village d’Auteuil

"Le 16eme, c'est le ghetto des riches"; "à part les boutiques de luxe, il n'y a rien à faire dans le 16ème". On a tous ces clichés dans la tête, certains proches de la vérité, d'autres méritant d'être bousculés. En plongeant au coeur du 16ème, j'ai découvert un lieu paisible, surprenant parfois avec ses pavillons ouvriers qui composent les villas privées et charmant avec cette atmosphère villageoise.

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Un peu d’Histoire

Au VIIème siècle, un village au nom de Nijon s’étendait le long de la Seine, entre Paris et Saint-Cloud. Alors propriété d’un certain Saint-Bertrand, évêque du Mans, l’église de Paris devint acquéreur du lieu, en 623, à la mort du Saint-Evêque. Le Village, plusieurs fois détruit et ruiné, se disloqua. Une partie des habitants se dirigèrent vers Paris, vers le futur canton de Chaillot quant le restant des villageois gagna les sources et marais pour former un nouveau village, du nom d’ « Auteuil ». L’étymologie du mot Auteuil n’a jamais été clairement défini. Deux hypothèses sont évoquées :
– Les premiers villageois avaient donné le nom d’Auteuil, inspiré de leur ancien lieu d’habitation sur la partie la plus élevée de la Foret de Rouvret, nommée en latin « Altare » (Autel).
– « Auteuil » viendrait du mot « prairie » en langue celtique. Un grand nombre de prairie était effectivement installé le long de la Seine, servant de pâture aux nombreux troupeaux du village pendant l’été.

Un décret promulgué à la fin de l’année 1859 permit à la commune de Paris d’annexer le village d’Auteuil et toutes les communes sub-urbaines présentes dans l’enceintes de Paris. Auteuil, tout comme Passy et une partie de Neuilly devinrent de petits faubourgs de la capitale et les circonscriptions que composent le nouveau 16ème arrondissement.



Place de la Porte de Saint-Cloud et ses fontaines

Point de départ de la promenade, Place de la Porte de Saint-Cloud. Si vous venez en voiture, vous pourrez vous garer assez facilement dans les rues adjacentes (privilégier la rue Michel-Ange). Si vous venez en métro, vous y accéderez encore plus facilement (sortie métro 9, Porte de Saint-Cloud).

Au milieu de la place trônent fièrement 2 grandes colonnes appelées par son créateur  « Les Fontaines Les Sources de la Seine ». L’aménagement urbain ne permet pas de les observer de prêt : pas de passages piéton, ni souterrain. il faudra donc slalomer entre les voitures pour apprécier, de plus près, les beaux bas-reliefs qui entourent ces colonnes. Elles semblent d’ailleurs un peu perdue au centre d’une grande place dominée par les voitures en mouvement.

Elles tirent leur origine de l’Exposition Universelle de 1937 aux Champs-de-Mars où une annexe avait été installée à la Porte de Saint-Cloud, consacrée au sport et à la chasse. L’entrée était marquée par deux fontaines jumelles réalisées par Paul Landowski, sculpteur français auteur notamment de la grande statue du Christ Rédempteur, dominant la baie de Rio de Janeiro depuis 1931, rien que ça… Ces fontaines ne sont plus en fonctionnement depuis les années 80. Dommage, elles avaient fière allure la nuit tombée avec l’eau ruisselant au sommet de chacune des colonnes.

Villa Emile Meyer, privée mais pour qui ?

Après avoir foulé l’austère avenue de Versailles ayant, tout de même, le mérite de proposer un joli marché tous les mardis, jeudis et dimanches, vous atteindrez le deuxième stop de notre promenade, la rue Parent de Rosan. Ici, le calme règne et les curiosités sont nombreuses. Juste après la grille bleue du numéro 6, vous tomberez sur une très jolie voie privée arborée, la villa Dietz-Monnin. Oh ma grande frustration d’être tombé devant porte close, fermée par un digicode, placardée par un panneau « propriété privée » et surveillée par des caméras surveillance cachées dans les lanternes :  bienvenus dans le 16ème arrondissement !

A quelques pas de la Villa Dietz-Monnin, juste après le numéro 14, une autre voie privée, tout aussi fermée et protégée que la première, se tient fièrement au milieu de la rue Parent de Rosan : la Villa Emile Meyer. Cette ruelle de 100m de long, copie conforme de la Villa Dietz-Monnin, doit son nom au propriétaire des terrains sur lesquels elle a été ouverte en 1887. Même si vous n’êtes pas invités à y pénétrer, vous pourrez tout de même, entre deux barreaux de la grille, ressentir l’atmosphère village qui se dégage de ce petit bout de paradis. Le jour de ma promenade, devant l’entrée de la Villa Meyer, un couple de quarantenaire s’est dirigé vers moi et m’a gentiment proposé de m’ouvrir la grille. J’ai tout d’abord pensé à une mauvaise blague mais j’ai rapidement compris qu’ils habitaient à la Villa Meyer ! En deux tours de clés, je me suis retrouvé de l’autre côté de la grille a foulé les pavés de la ruelle privée bordée de pavillons fleuris.



Après avoir échangé quelques mots avec le couple, j’ai appris que les Villas Meyer, Dietz-Monnin et Cheysson rassemblant 67 anciens pavillons ouvriers mitoyens, sont interconnectées et rassemblées sous un même nom : la Villa Mulhouse. Cette cité pittoresque s’est fortement inspirée de la construction de maisons ouvrières à Mulhouse en 1854 réalisées par Jean Dollfus, industriel, économiste et homme politique français. Ces petites maisons avaient pour rôle d’ouvrir l’accès à la propriété aux ouvriers, commençant en tant que locataire, ils pouvaient au bout de quelques années acquérir le bien. Même si la cité s’est embourgeoisée au cours du 20ème siècle, l’histoire rappelle que le quartier était à l’origine industriel. Si vous voulez en savoir plus sur les Cités parisiennes, je vous conseille de lire l’ouvrage de Virginie Grandval et de Isabelle Montserrat Farguell : Hameaux, Villas et Cités de Paris

J’ai pu observer l’architecture de la maison de style cottage londonien avec sa cour intérieure et sa demi-verrière qui donne sur un sous-sol aménagé. J’ai évité de prendre des photos par respect envers les propriétaires mais vous pouvez vous faire une idée de l’aménagement de ce style de pavillon via cette annonce immobilière que j’ai trouvé sur Google.
En avançant un peu plus dans la Villa Emile Meyer, j’ai observé un certain calme pour ne pas dire un calme certain, une atmosphère bucolique et une douce odeur de glycine qui m’a chatouillé les narines. Comme précisé par le couple, vous pouvez rejoindre l’entrée de la Villa Dietz-Monnin suivant une forme en U. En poursuivant votre chemin sur la villa Cheysson, vous tomberez sur l’entrée d’une Eglise Orthodoxe Russe. L’accès étant privé, vous pouvez certainement y accéder depuis la rue Claude Lorrain.
Sortez sur la rue Parent de Roisan et continuez votre chemin : sur votre gauche, après avoir dépassé un panneau d’avertissement « défense de déposer des ordures », le Hameaux Michel-Ange vous attend, un accès non privé où vous pourrez humer à pleins poumons les odeurs de glycine qui se dégagent de chaque côté du passage 🙂

Hameaux Michel-Ange, entrez sans trembler !

C’est effectivement important de le souligner, le Hameaux Michel-Ange est un des rares passages de toute la promenade où l’accès y est libre; ouvert à la circulation publique depuis 1959. Pas la peine donc de vous faire passer pour un résident, vous pourrez photographier ses belles façades sous tous les angles sans vous faire chasser du lieu !

L’école du Sacré-Coeur, signé Hector Guimard

Sortez par la rue Parent de Roisan et tournez à droite sur la tranquille avenue de Frillière. Au n°11, vous trouverez une des oeuvres les moins connues de l’architecte Hector Guimard (en tout cas, pour moi…) : l’Ecole du Sacré-Coeur. Construite en 1895, cette expression de l’Art Nouveau présente une façade étonnante avec des piliers en fonte inclinés à 60° supportant le premier étage et laissant place à un préau en sous-sol. La façade présente des assises en brique rouge et ocres. L’Ecole du Sacré-Coeur était destiné à la paroisse d’Auteuil pour des cours d’instruction religieuse. L’Ecole a été malheureusement détruite en 1983, transformée, depuis, en immeuble de logement en copropriété. Seule la partie basse de la façade a été préservée avec ces colonnes en V. Pour les passionnés de l’architecte Hector Guimard, sachez qu’il existe quelques réalisations visibles dans Paris dont le dernier édicule à la sortie de la Station Porte Dauphine que Pierre-Alain Menant, un des contributeurs de Brèves d’Histoire a pu photographier.

A quelques dizaines de mètres sur votre gauche, vous tomberez sur une belle grille blanche ornée d’un panneau en arc de cercle : la villa Claude Lorrain. L’accès est privé et protégé par un digicode, il faudra faire preuve de patience pour espérer pouvoir y pénétrer. Cette voie privée fait partie de l’ensemble de passages de la Villa Mulhouse et a été nommée en l’honneur du peinture Claude Gellée, surnommé Le Lorrain.



Le cimetière d’Auteuil, 1 200 tombes d’artistes et de savants

Arrivé Rue Claude Lorrain, un petit détour de quelques mètres sera nécessaire pour découvrir le cimetière tricentenaire d’Auteuil. Construit en 1800, vous trouverez dans un petit espace de 72 ares (7 200 m2) plus de 1 200 tombes d’artistes, de savants en tout genre. Le fondateur du cimetière, également maire du village d’Auteuil, Pierre-Antoine Benoist, y a élu domicile depuis 1816.

En passant la grille d’entrée, juste sur votre gauche, vous trouverez un drôle de tronc vert en forme de boite aux lettres frappées de deux inscriptions sur une des faces : « Administration géné-le de l’assistance publique » et « tronc pour les pauvres de Paris « . Cette tirelire publique gérée, donc, par l’Administration générale de l’assistance publique avait vocation à financer les hôpitaux de Paris et les services d’aide sociale. Au centre du cimetière, vous pourrez observer une belle cloche et un grand mausolée. Si vous levez la tête, vous verrez que deux façades d’immeubles vous entourent avec des fenêtres donnant sur le cimetière, des voisins a qui on ne pourrait reprocher d’être bruyant 😉

L’Eglise polonaise Sainte-Geneviève

Sortez du cimetière et rebrousser chemin jusqu’au 18 rue Claude Lorrain. Ici, vous tomberez sur une entrée sans relief particulier. Un panneau en saillie du mur piquera en revanche votre curiosité. Il indique en 2 langues (français et polonais) la direction à suivre pour atteindre l’Eglise orthodoxe Sainte-Geneviève, ancienne annexe de Notre-Dame-d’Auteuil et confiée à la communauté polonaise en 1897. Comme chaque balade est enrichissante, je sais maintenant qu' »Eglise » se dit « kosciol » en polonais 🙂

Après avoir croisé sur votre droite un panneau en liège rempli de petites annonces en français et en polonais, vous arriverez dans une arrière-cour où seul le gazouillement des oiseaux se fait entendre. Vous observerez tout de suite l’arrière de l’Eglise avec ses pierres apparentes et ses grands vitraux. Entre un buisson et le mur se tient un petit mausolée de la vierge Marie. Après quelques mètres le long du flanc droit de l’Eglise, vous tomberez sur l’entrée principale habillée de deux colonnes blanches et d’une inscription en arc de cercle « D.O.M Sub. Inv. Stae Genvovefae Civitatis Patronae », « Civitatis Patronae » signifiant « Etat patron » en latin (merci Google Translate !).

Le jour où j’ai visité l’Eglise, il n’y avait personne. J’avais comme l’impression qu’elle n’attendait que moi avant de lancer sa messe hebdomadaire. Une fois à l’intérieur, vous pourrez apprécier les nombreuses peintures murales datant des années 1940 représentant la vie de la Vierge (baies de chevet), Saint-Joseph et Sainte-Geneviève (bas-côtés) ou encore des évangélistes et prophètes de chaque côté de la nef. Si vous êtes un aficionados du patrimoine religieux, monter les quelques marches de l’escalier à gauche, vous aurez un angle de vue plus sympa pour prendre des photos (une des photos ci-dessous).

Petite astuce pause pipi : à gauche de l’entrée de l’Eglise, vous avez un couloir extérieur, de style coupe-gorge, qui mène vers des toilettes. Dépêchez-vous, ces toilettes sont probablement réservés au personnel de l’Eglise.

Rue boileau, royaume des ambassades

Remontez la rue Claude Lorrain, empruntez la rue Marie Louis d’Or et, à gauche, prenez la rue Chardon Lagache jusqu’au bruyant Boulevard Exelman. Ici, vous retrouverez une architecture commune avec immeubles haussmanniens, rien d’insolite et d’original. Vite, vite, traversez le boulevard, virez à gauche puis à droite sur la rue Boileau. Vous retrouverez une atmosphère calme, loin du brouhaha ambiant des grandes avenues.

Au numéro 67, vous trouverez un bâtiment d’un étage qui transpire la banalité. Sauf que, derrière ses murs, une soufflerie vieille de plus d’un siècle, toujours en activité, est classée monument historique. Elle aura servi à simuler les effets du vent et de l’air sur des modèles de construction, d’avion ou de voiture. Son auteur n’est autre que Gustave Eiffel qui l’aurait testé dès 1909 au pied de sa tour. Bienvenus au Laboratoire aérodynamique Eiffel !

En continuant la Rue Boileau, vous trouverez de curieuses réalisations architecturales de style Art Nouveau. Au n°62, l’Ambassade du Vietnam,  bâtiment austère avec pour seule décoration, le drapeau vietnamien. Plus loin, au numéro 42, se situe l’Ambassade de Namibie et deux numéros plus loin, l’ancien Hôtel Danois édifié début 20ème, aujourd’hui l’Ambassade d’Algérie et l’Ecole internationale algérienne Malek Bennabi. Cette bâtisse n’aurait pas été choisie au hasard pour abriter l’ambassade d’Algérie. Elle semble être fortement inspirée de l’architecture orientale.

Hameau Boileau et Villa Molitor, dans la peau d’un seizièmard

A deux pas de l’Ambassade d’Algérie, vous tomberez devant la grille du Hameau Boileau, une incroyable propriété privée, composée de 5 voies et de plusieurs dizaines de résidences indépendantes ou mitoyennes. Comme la majorité des propriétés privées du 16ème, vous pouvez y rentrer facilement (mais en avez-vous le droit ?). Pour le Hameau Boileau, Il aura suffit d’attendre que la grille d’entrée s’ouvre pour me faufiler à l’intérieur.  Voici quelques clichés de l’endroit :

Dernière curiosité de la rue Boileau, au n°34, derrière d’épais feuillages se cachent l’Hôtel Roszé, le premier édifice construit par Hector Guimard, alors âgé de 24 ans qui adopta un style médiéval avec une façade simple et élégante. J’espère que vous aurez plus de chances que moi de l’observer, le jour de mon passage, le bâtiment était peu visible depuis la chaussée, caché par la végétation du jardin…



A gauche sur la Rue Molitor, restez sur la trottoir de droite. Vous tomberez sur une grille en fer forgé frappée de lettres qui composent le nom du lieu : Villa Molitor. Cette chic propriété privée a accueillit jusqu’au début des années 2000, la famille Hallyday dans un hôtel particulier. Un peu de patience m’aura suffit pour y pénétrer. J’ai découvert le calme qui y régnait sur les quelques voies qui composent la Villa Molitor et ressentit le haut de gamme qui transpirait de chaque m2 de bitume, j’ai failli m’essuyer mes pieds avant de franchir la grille d’entrée…

Si vous avez encore un peu d’énergie, vous pouvez continuer sur la Rue Chardon Lagache, atteindre la Place de l’Église d’Auteuil et admirer le bel édifice paroissial du même nom, construit en 1892. Passez par la Rue de Wilhem longeant le flan droit de l’Eglise, et découvrez un étrange blason avec les armoiries de Paris, une petite curiosité que j’ai trouvé, il y a quelques mois.

Voila, c’est la fin de cette promenade, j’espère qu’elle vous aura plu. Si c’est le cas, n’hésitez pas à partager la balade à votre famille, à vos amis et donnez votre avis sur cet itinéraire. Pour les plus courageux, vous pouvez continuer vers le Nord en passant par la Rue d’Auteuil, vous attabler au « Mouton Blanc », l’une des auberges les plus anciennes de la capitale, jadis très fréquentée par Boileau, Molière, La fontaine et Racine. Si vous avez une âme de VIP, continuez également vers la célèbre est très protégée Villa Montmorency. 

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