Au 11 bis rue Pierre-Nicole, des pierres brisées semblent avoir été laissées là par un bâtiment beaucoup plus ancien que l’immeuble qui les entoure. Mauvaise piste : ces ruines sont parfaitement volontaires.
L’immeuble est construit entre 1979 et 1980 par le collectif ED Architectes, dans un vocabulaire résolument postmoderne. Au rez-de-chaussée, l’artiste plasticienne Ngoc Duong réalise une fausse ruine ainsi qu’une fresque qui font partie intégrante de la composition architecturale.
Le dispositif joue donc avec notre réflexe le plus élémentaire face à une vieille pierre : lui chercher immédiatement plusieurs siècles d’histoire. Ici, c’est précisément le piège. La ruine est presque aussi jeune que l’immeuble.
Cette ambiguïté en fait malgré tout un excellent détail urbain : elle montre comment l’architecture de la fin du XXe siècle pouvait incorporer des fragments fictifs du passé pour produire une façade volontairement déroutante.
Pas besoin, donc, de lui inventer des origines antiques ou médiévales. Son intérêt tient justement au contraire : c’est une ruine conçue dès l’origine pour avoir l’air ancienne.





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