Vincennes · Anciennes prisons parisiennes · Gravures & graffitis

Quand les prisonniers gravaient leur passage sur les murs du donjon

Noms, dates, phrases, dessins religieux ou symboles maçonniques : les murs du donjon de Vincennes conservent des générations de graffitis laissés par des détenus. Certains sont nets, d’autres presque effacés, mais ensemble ils racontent plusieurs siècles de captivité.

Château de Vincennes, Avenue de Paris, 94300 Vincennes, France

XVIIe–XXe siècles

Vérification sur place :
octobre 2026
Quand les prisonniers gravaient leur passage sur les murs du donjon

À regarder sur place

  • Ne cherche pas un seul graffiti : observe les murs pièce après pièce, surtout les embrasures et les zones où l’enduit laisse apparaître la pierre. Repère les dates, les grandes signatures et les dessins. Sur les traces photographiées, certaines inscriptions semblent lire « 1691 » ou « 1739 », mais ces lectures ne permettent pas à elles seules une attribution ou une datation certaine. Dans l’ancienne chapelle, regarde aussi les architectures, croissants et étoiles de la « cellule des trois religions ».

Dans le donjon de Vincennes, je finis par comprendre qu’il ne faut pas regarder un seul mur. Il faut regarder tous les murs. Dans les embrasures, sur les pierres, autour des anciennes cellules, des noms, des dates, des phrases et des dessins apparaissent puis disparaissent selon la lumière. Sur mes photos, certaines inscriptions semblent porter les dates 1691 et 1739, mais ces lectures ne suffisent pas, à elles seules, à dater ou attribuer avec certitude chaque graffiti.

Graffitis historiques visibles sur les murs du donjon de Vincennes
Inscription visible au rez-de-chaussée du donjon ; une date qui semble lire « 1739 » est gravée dans la pierre, sans attribution certaine.

Ces traces sont directement liées à la longue histoire carcérale du donjon. À partir de la fin du XVe siècle, l’ancienne résidence royale commence à servir de prison. Elle accueille ensuite des détenus pendant plusieurs siècles, jusqu’à redevenir ponctuellement un lieu d’enfermement pendant la Seconde Guerre mondiale. Le Centre des monuments nationaux rappelle que les prisonniers ont laissé de très nombreuses inscriptions sur les murs du monument.1

Inscription gravée par un prisonnier dans le donjon du château de Vincennes
Des noms et des inscriptions ont été profondément gravés dans la pierre.

Le corpus est beaucoup plus riche qu’une simple série de noms. Les études menées pour l’exposition « Sur les murs, histoire(s) de graffitis » en 2018 ont recensé des signatures, des dates, des dessins à la sanguine, des peintures et d’autres formes de graffitis. Les détenus ont parfois gravé leurs marques dans les embrasures des fenêtres, là où la lumière permettait encore de travailler la pierre. Une fiche de visite récente du château précise que la plupart des graffitis conservés dans les salles datent des XVIIIe et XIXe siècles.23

Détail de graffiti ancien dans le donjon de Vincennes
À certains endroits, les inscriptions se superposent et deviennent difficiles à déchiffrer.

Certaines pièces concentrent des ensembles particulièrement spectaculaires. L’ancienne chapelle de Charles V, transformée en cellule, conserve ainsi des peintures de prisonniers représentant des motifs religieux et des architectures. Elle est aujourd’hui surnommée « cellule des trois religions ». Mais les archives ne permettent pas d’identifier avec certitude l’auteur de ces peintures : le château présente donc plusieurs hypothèses sans en imposer une.2 C’est un bon rappel pour l’ensemble du donjon : un nom ou une date gravés à proximité d’un dessin ne suffisent pas à lui attribuer ce dessin.

À d’autres étages, les murs racontent encore d’autres périodes. Le quatrième étage conserve par exemple des graffitis datés de 1848, parmi lesquels des initiales et des symboles maçonniques. Pendant la Seconde Guerre mondiale, des prisonniers de guerre ont également laissé des inscriptions à la mine de plomb. Le donjon n’est donc pas couvert par une seule génération de graffitis : il fonctionne presque comme un palimpseste carcéral, chaque période ajoutant sa couche sans effacer complètement la précédente.14

Graffiti ancien difficilement lisible dans le donjon de Vincennes
Certaines traces ne se révèlent qu’en regardant la pierre de près.

Les photos que j’ai prises montrent bien cette diversité : grandes inscriptions nominales, dates isolées, mots difficilement lisibles, scènes ou architectures dessinées, phrases entières et traces aujourd’hui à peine perceptibles. Certaines sont faciles à repérer ; d’autres n’apparaissent qu’en se décalant ou en regardant la pierre de biais. C’est précisément ce qui les rend intéressantes : elles ne racontent pas l’histoire officielle du château, mais celle de ceux qui y ont attendu, espéré, compté le temps ou simplement voulu laisser la preuve qu’ils étaient passés par là.

Ensemble de graffitis sur la pierre du donjon de Vincennes
Le donjon conserve des générations de traces laissées par ses occupants et ses prisonniers.

Il faut enfin distinguer ces graffitis des marques de tâcherons visibles ailleurs dans le monument. Ces dernières servaient à identifier le travail des tailleurs de pierre et avaient une fonction pratique ; le CMN les classe plutôt parmi les signes lapidaires. Les graffitis du donjon, eux, relèvent d’un geste personnel : écrire, dessiner, signer ou transmettre quelque chose sur un mur qui n’était pas destiné à cela.5

Détail du vestige Quand les prisonniers gravaient leur passage sur les murs du donjon
Détail à observer sur place.
Sources et vérification

Solidité de l’affirmation historique

À vérifier

Les informations disponibles sont insuffisantes, contradictoires ou ne permettent pas actuellement de présenter l’interprétation comme suffisamment établie.

Vérification sur place : octobre 2026Cette date concerne la dernière vérification sur le terrain, indépendamment du niveau de preuve historique.

Sources et bibliographie


  1. Château de Vincennes / Centre des monuments nationaux — « Le donjon, symbole du pouvoir royal » : histoire carcérale du donjon et graffitis de prisonniers, jusqu’aux traces de prisonniers de guerre de la Seconde Guerre mondiale.

  2. Centre des monuments nationaux — dossier de presse de l’exposition « Sur les murs, histoire(s) de graffitis », 2018 : relevés archéologiques, signatures, dessins, peintures, cellule des trois religions et recherches du LRMH.

  3. Château de Vincennes — fiche de visite : graffitis gravés ou peints, souvent dans les embrasures ; la plupart datés des XVIIIe et XIXe siècles.

  4. Centre des monuments nationaux — « Les graffitis dans les monuments » : graffitis de prisonniers de Vincennes, symboles maçonniques de 1848 et travaux de recherche menés en 2018.

  5. Centre des monuments nationaux — « Graffiti, quésaco ? » : distinction entre graffiti et marque de tâcheron.

  6. Château de Vincennes — parcours découverte : nombreuses inscriptions laissées par les prisonniers sur les murs du donjon.

  7. Photographies et observations de terrain de Gino, château de Vincennes, 20 septembre 2026.

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