Dans l’ancienne salle du Trésor du donjon de Vincennes, je remarque sur la hotte de la cheminée quatre lignes si fines qu’elles se confondent presque avec la pierre. Elles forment une sentence religieuse : « Il faut adorer Dieu du profond de son cœur… ». Sur le mur voisin, dans la même pièce, une seconde inscription est devenue beaucoup plus difficile à lire : « Seigneur nous sommes aveugles… ».

Ces phrases ne sont pas des découvertes modernes. Un ouvrage ancien consacré au château décrit déjà les deux inscriptions dans cette même salle. Leur conservation actuelle permet donc de retrouver sur les murs des textes observés et transcrits depuis longtemps.

Le contraste avec la fonction médiévale du lieu est saisissant. Au XIVe siècle, sous Charles V, cette partie du donjon appartient à l’appartement royal et la salle du Trésor sert à conserver des biens précieux du souverain. Le donjon connaît ensuite une longue histoire carcérale, au cours de laquelle ses murs se couvrent d’inscriptions, de noms, de dessins et de sentences.
La seconde maxime semble reprendre une formule de L’Imitation de Jésus-Christ : « Seigneur, nous sommes aveuglés et la vanité nous séduit bien vite. » Ce rapprochement permet d’identifier la tradition religieuse du texte, mais pas la personne qui l’a inscrit sur le mur.
C’est là que l’enquête reste ouverte. À ce stade, aucune source retrouvée ne permet d’attribuer avec certitude ces deux inscriptions à un prisonnier précis ni de fixer leur date de réalisation. Le Château de Vincennes / Centre des monuments nationaux a été contacté afin de vérifier leur datation, leur éventuel auteur et le contexte dans lequel elles ont été réalisées. En attendant cette réponse, mieux vaut laisser les murs parler sans leur inventer un prisonnier.



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