À la fin de la visite du donjon de Vincennes, je tombe sur cette grande ouverture circulaire ménagée dans le sol. Avec sa grille métallique actuelle, elle pourrait presque passer pour un simple dispositif technique. En réalité, elle protège l’un des équipements les plus essentiels de la forteresse : le puits médiéval du donjon.

Le Centre des monuments nationaux le décrit comme un « puits d’origine » situé au rez-de-chaussée. Il appartient donc à l’aménagement médiéval du donjon, construit au XIVe siècle pour Charles V. Dans une forteresse, disposer d’une réserve d’eau à l’intérieur même du donjon était une question de survie : en cas de siège, couper l’accès à l’eau pouvait condamner les défenseurs bien avant les murailles.
Mais ce puits ne suffisait pas à alimenter tout le château. Les sources du monument mentionnent plusieurs autres puits dans l’enceinte ainsi qu’un réseau d’adduction venant de Montreuil. L’eau servait à la cuisine, aux étuves, aux jardins, aux chevaux et à la lutte contre les incendies. La cour royale représentait à elle seule plusieurs centaines de personnes à approvisionner.
Le puits visible aujourd’hui a aussi connu une histoire plus récente. Il a été partiellement comblé à la fin du XIXe siècle et, selon le Centre des monuments nationaux, il n’est plus en eau depuis la construction de la station de métro Château de Vincennes, inaugurée en 1937, qui a profondément perturbé la nappe phréatique qui l’alimentait.
C’est un vestige discret mais particulièrement parlant : derrière cette simple ouverture dans le sol se cache tout un problème logistique médiéval. Un château pouvait avoir des murs de plusieurs mètres d’épaisseur ; sans eau, ils ne servaient pas longtemps.




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