À quelques minutes du pont du Rialto, au pied de la grande façade blanche de San Salvador, je remarque un petit disque noir enchâssé dans la pierre. Au-dessus, quelques mots suffisent à faire basculer la scène : « IL 6 AGOSTO 1849 ».

Ce jour-là, Venise vit les dernières semaines de la République de Saint-Marc, proclamée en 1848 sous la conduite de Daniele Manin. Les troupes autrichiennes bombardent la ville depuis la terre ferme. Une étude publiée par la Fondazione Giorgio Cini estime qu’environ 23 000 projectiles sont lancés contre Venise entre le 29 juillet et le 22 août 1849.
La façade de San Salvador est touchée le 6 août 1849. Mais le détail visible aujourd’hui demande une nuance importante : la boule n’est pas restée fichée là depuis l’impact. La Ville de Venise et Giuseppe Tassini indiquent qu’elle a été murée dans la façade lors de la restauration achevée en 1879, exactement à l’endroit où l’église avait été frappée trente ans plus tôt. Les sources confirment donc le lieu de l’impact et la fonction mémorielle de la boule, mais elles ne permettent pas d’affirmer que celle-ci est le projectile précis qui frappa l’église.
San Salvador n’est d’ailleurs pas le seul endroit où cette journée a laissé une trace. À quelques kilomètres de là, un autre boulet rappelle le bombardement du 6 août 1849 sur la façade des Tolentini. Deux petits points noirs sur deux églises vénitiennes : une façon assez concrète de mesurer jusqu’où les canons autrichiens ont porté ce jour-là.

À San Salvador, il faut presque oublier la façade monumentale pour regarder au ras du mur. C’est là que l’histoire se cache : dans une boule de métal d’une vingtaine de centimètres et une date peinte juste au-dessus.



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