Italie

Le barbacane étalon de Venise, la pierre qui fixait la limite des façades

À Venise, cette simple console de pierre servait aussi à rappeler jusqu’où une façade avait le droit d’avancer.

Calle della Madonna, face au nº 589, San Polo, 30125 Venezia, Italie

République de Venise — datation précise non établie

Le barbacane étalon de Venise, la pierre qui fixait la limite des façades

À regarder sur place

  • Regarde le flanc de la grande console en pierre : on peut encore y lire « PER LA IVRIDICIOM DI BARBACANI ». Puis compare sa saillie avec les étages qui avancent au-dessus de la calle.

À première vue, c’est une grosse console en pierre coincée sous un étage de la Calle della Madonna. À Venise, autant dire qu’elle a de la concurrence pour attirer l’attention.

Pourtant, regardez son flanc. On peut encore y lire : « PER LA IVRIDICIOM DI BARBACANI ». Et cette inscription n’est pas décorative.

Vue de la Calle della Madonna à Venise, avec les étages avançant au-dessus du passage et le barbacane étalon visible sur la façade.
Dans la Calle della Madonna, les étages gagnent de la place en avançant au-dessus du passage. C’est précisément ce que Venise cherchait à encadrer.

Les barbacani permettaient aux étages supérieurs de gagner de l’espace sans rétrécir la calle au niveau du sol. Pratique pour les propriétaires. Un peu moins si chacun décide de grignoter quelques centimètres supplémentaires au-dessus de la rue.

La République de Venise avait donc fixé une saillie maximale. Cette console en pierre d’Istrie servait de parangon : un étalon grandeur nature auquel on pouvait comparer les autres constructions. Pas besoin d’un long discours : si une façade dépassait ce modèle, elle dépassait la limite.

Vue rapprochée de profil du barbacane étalon en pierre d’Istrie dans la Calle della Madonna à Venise.
De profil, la fonction du barbacane devient évidente : sa saillie matérialisait directement la profondeur maximale autorisée.

Autrement dit, cette pierre était à la fois un élément de façade et un règlement d’urbanisme à l’échelle 1.

Le plus amusant, c’est qu’on peut très bien passer dessous sans lui accorder deux secondes. Une fois qu’on sait à quoi elle servait, les étages qui avancent dans la ruelle deviennent tout de suite beaucoup moins anodins.

Sources et bibliographie
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