Dans la 92e division du Père-Lachaise, Victor Noir repose sous un gisant en bronze de Jules Dalou. À première vue, le monument raconte la mort d’un jeune journaliste devenu symbole politique. En regardant de plus près, certaines zones du bronze racontent une tout autre histoire.
Né Yvan Salmon en 1848 et connu sous le nom de Victor Noir, le journaliste est tué le 10 janvier 1870 par Pierre Bonaparte, cousin de Napoléon III. Ses funérailles attirent une foule immense et font de lui un symbole de l’opposition au Second Empire.
En 1891, Jules Dalou réalise son gisant au Père-Lachaise. Le sculpteur représente Victor Noir allongé au sol, comme juste après le coup de feu, avec son chapeau tombé à côté de lui. Au fil du XXe siècle, le monument change pourtant de registre : des croyances populaires apparaissent autour de la fertilité, de l’amour et de la virilité. Les visiteurs frottent alors certaines parties de la statue.

Ces gestes répétés ont poli le bronze : les chaussures, les lèvres et surtout l’entrejambe sont aujourd’hui nettement plus brillants que le reste du corps. C’est ce contraste qui fait du monument un vestige double : mémorial politique à l’origine, objet de rites populaires ensuite.
La légende attribue à ces gestes différents pouvoirs selon la partie touchée. Leur origine exacte reste difficile à dater avec précision ; ce qui est certain, c’est que la patine du bronze garde matériellement la trace de décennies de pratiques.






Les seins de Dalida et les pieds de Montaigne
16 février 2022 à 22 h 18 minMalgré le contre-exemple du gisant de Victor Lenoir au cimetière du Père Lachaise, le regard différent que nous jetons sur les femmes et les hommes se résume assez bien en voyant l’usure des seins du buste de Dalida et les pieds de la sépulture de Montaigne !