45 Avenue de la Belle Gabrielle, 75012 Paris, France
Lundi
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Mardi
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Mercredi
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Vendredi
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Dimanche
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18 juin 2026 21 h 00 min
Il y a des vestiges que l’on repère tout de suite. Et puis il y a ceux devant lesquels on peut passer sans vraiment comprendre ce que l’on regarde. Au Jardin d’Agronomie Tropicale René-Dumont, plusieurs fragments de pierre reposent aujourd’hui presque à hauteur d’herbe, comme les restes fatigués d’un décor abandonné. Pourtant, ces morceaux dispersés appartenaient autrefois à un monument officiel imaginé pour célébrer “l’expansion coloniale française”.
L’histoire commence au début du XXe siècle, dans un contexte où la Troisième République cherche à afficher la puissance de son empire. En 1909, le journal La Dépêche Coloniale Illustrée lance l’idée d’un monument consacré à la gloire coloniale de la France. Le projet est porté par des figures du parti colonial, notamment Eugène Étienne, député d’Oran, qui regrette alors l’absence, à Paris, d’un grand monument dédié à cette expansion.1
Le sculpteur Jean-Baptiste Belloc est associé au projet. La documentation disponible permet de suivre les grandes étapes de cette histoire : projet lancé en 1909, relancé en 1913, subventionné en 1915, puis inauguré en 1922 dans l’ancien jardin colonial, devenu aujourd’hui le Jardin d’Agronomie Tropicale René-Dumont.2
Le monument reprenait tout le vocabulaire symbolique de la propagande coloniale : une figure de la France ou de la République, un coq gaulois dressé sur une mappemonde, et plusieurs figures allégoriques censées représenter des territoires colonisés. Les sources évoquent notamment des figures associées à l’Afrique, aux Antilles et probablement à l’Indochine. Je préfère rester prudent sur l’identification précise de ces personnages : les documents les décrivent comme des allégories coloniales, mais toutes ne les nomment pas de façon certaine.3
Le parcours du monument est presque aussi parlant que son sujet. D’abord installé dans le jardin colonial, il est ensuite déplacé vers la Porte Dorée à l’occasion de l’Exposition coloniale internationale de 1931, puis ré-inauguré en 1932 face au musée des Colonies. Plus tard, il est à nouveau déplacé, envoyé du côté de l’esplanade du château de Vincennes, avant d’être démonté en cinq parties en 1958 et reposé dans le jardin botanique tropical.4
C’est peut-être ce dernier épisode qui rend le vestige si troublant. Ce qui avait été pensé comme un monument de prestige, destiné à glorifier l’empire français, se retrouve aujourd’hui fragmenté, abaissé, silencieux. La mise en scène triomphale a disparu. Il ne reste plus que des morceaux de pierre, des corps allégoriques abîmés, un coq, une figure de République fatiguée, et cette impression étrange d’un monument qui ne célèbre plus rien.
C’est pour cela que ces fragments me semblent essentiels dans une balade sur les cicatrices de Paris. Ici, la blessure n’est pas un impact de balle ni une trace d’obus. Elle est plus discrète, presque enfouie dans le décor. Elle tient dans le renversement complet du monument : une ancienne image de propagande coloniale, pensée pour impressionner, devenue ruine embarrassante dans un jardin oublié. Le lieu lui-même garde encore plusieurs traces de cette histoire coloniale, aujourd’hui visibles dans un état de semi-abandon qui en dit presque autant que les archives.5
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