Détails

  • Lieu-dit :
    Espace herbeux près du cimetière communal, route de Fresnoy
  • Adresse :
    6 Route de Fresnoy
  • Date/période du vestige :
    Avant 1955 pour le panneau “Seine-Inférieure” ; vers 1970 pour le panneau Michelin probabl
  • Droit d'accès :
    Gratuit

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  • 25 août 2026 22 h 38 min

Description

À Londinières, je m’arrête devant deux objets modestes, plantés dans l’herbe près du cimetière. Ils ne barrent plus vraiment la route, ils ne guident presque plus personne ; pourtant, ils condensent plusieurs couches de l’histoire routière française. Deux panneaux, deux matières, deux époques.

Ancien panneau routier de Londinières.
Vue large : les deux panneaux ne sont pas côte à côte par hasard, ils composent une petite mémoire routière à l’entrée de la commune.

Le premier attire l’œil par son cartouche rouge : N320 — Londinières. La plaque claire, encadrée de bleu, est fixée sur un support en béton. L’ensemble correspond au vocabulaire de la signalisation Michelin : une plaque, souvent en lave émaillée, portée par une structure en béton armé. Les descriptions historiques de cette signalisation rappellent ce couple très caractéristique, mis au point pour obtenir des panneaux lisibles et résistants aux intempéries.23

Ancien panneau routier de Londinières.
Le panneau N320 de Londinières : plaque claire, cartouche rouge, support blanc, une silhouette immédiatement associée à la signalisation Michelin.

Le détail le plus intrigant se cache dans l’angle inférieur droit. On y lit probablement 31.8.1970. Je garde le conditionnel, car une photo ne suffit pas toujours à certifier une date manuscrite. Mais si cette lecture est bonne, le panneau serait très tardif : Michelin cesse cette production en 1971.2

Ancien panneau routier de Londinières.
Dans l’angle de la plaque, le marquage manuscrit paraît indiquer “31.8.1970” ; la lecture reste prudente, mais le détail mérite d’être conservé.

Le cartouche N320 ouvre une autre piste. La route nationale 320 a connu plusieurs affectations ; une documentation routière spécialisée mentionne notamment une définition, à partir de 1933, comme route de Moreuil à Dieppe par Aumale, avec des tronçons et un tronc commun selon les secteurs.4 Je préfère donc parler ici d’un ancien repère du réseau national, plutôt que de reconstruire tout le tracé à partir du seul panneau.

Ancien panneau routier de Londinières.
L’arrière du panneau montre son épaisseur et son support : ce n’est plus seulement une inscription, mais un objet de voirie lourd et déplacé.

L’autre panneau est plus rugueux. Il est bleu, moulé, avec lettres en relief : G.C. 117 — Londinières — Seine-Inférieure. La mention du département suffit à donner un terminus chronologique : la Seine-Inférieure prend officiellement le nom de Seine-Maritime par décret du 18 janvier 1955.1

Ancien panneau routier de Londinières.
L’autre panneau, bleu et moulé, garde les lettres en relief “G.C. 117”, “Londinières” et “Seine-Inférieure”.

Le sigle G.C. 117 renvoie très vraisemblablement à un chemin de grande communication, mais je le laisse comme une interprétation prudente en attendant un recoupement dans les archives routières départementales. Ce qui est sûr, c’est que le panneau conserve un ancien vocabulaire administratif : une route numérotée autrement, un département nommé autrement, et une forme de signalisation antérieure à la standardisation contemporaine.

Ancien panneau routier de Londinières.
La peinture usée et les lettres en relief donnent au panneau bleu une présence plus rugueuse que la plaque émaillée voisine.

Les dos des panneaux sont presque aussi parlants que les faces. On voit les supports, les fixations, l’épaisseur du béton. Ici, les deux objets semblent davantage conservés et replantés que maintenus à leur emplacement routier d’origine. Je ne les présente donc pas comme des panneaux encore en service : ce sont plutôt deux fragments de voirie sauvegardés près d’un lieu communal.5

Ancien panneau routier de Londinières.
Vu de dos, le panneau bleu révèle ses fixations et rappelle que ces objets ont probablement été replantés pour être conservés.

Le charme du lieu vient de leur coexistence. D’un côté, un panneau bleu qui parle encore de la Seine-Inférieure ; de l’autre, une plaque Michelin tardive qui garde le souvenir d’une N320. Entre les deux, on traverse sans bouger plusieurs décennies de routes, de départements, de matériaux et d’habitudes de circulation.

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