Le saviez-vous ?
Deux panneaux voisins font tenir ensemble trois histoires : un ancien nom de département, un ancien réseau routier et la fin tardive de la signalisation Michelin.
6 Route de Fresnoy, 76660 Londinières, France
Deux panneaux voisins font tenir ensemble trois histoires : un ancien nom de département, un ancien réseau routier et la fin tardive de la signalisation Michelin.
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25 août 2026 22 h 38 min
À Londinières, je m’arrête devant deux objets modestes, plantés dans l’herbe près du cimetière. Ils ne barrent plus vraiment la route, ils ne guident presque plus personne ; pourtant, ils condensent plusieurs couches de l’histoire routière française. Deux panneaux, deux matières, deux époques.

Le premier attire l’œil par son cartouche rouge : N320 — Londinières. La plaque claire, encadrée de bleu, est fixée sur un support en béton. L’ensemble correspond au vocabulaire de la signalisation Michelin : une plaque, souvent en lave émaillée, portée par une structure en béton armé. Les descriptions historiques de cette signalisation rappellent ce couple très caractéristique, mis au point pour obtenir des panneaux lisibles et résistants aux intempéries.23

Le détail le plus intrigant se cache dans l’angle inférieur droit. On y lit probablement 31.8.1970. Je garde le conditionnel, car une photo ne suffit pas toujours à certifier une date manuscrite. Mais si cette lecture est bonne, le panneau serait très tardif : Michelin cesse cette production en 1971.2

Le cartouche N320 ouvre une autre piste. La route nationale 320 a connu plusieurs affectations ; une documentation routière spécialisée mentionne notamment une définition, à partir de 1933, comme route de Moreuil à Dieppe par Aumale, avec des tronçons et un tronc commun selon les secteurs.4 Je préfère donc parler ici d’un ancien repère du réseau national, plutôt que de reconstruire tout le tracé à partir du seul panneau.

L’autre panneau est plus rugueux. Il est bleu, moulé, avec lettres en relief : G.C. 117 — Londinières — Seine-Inférieure. La mention du département suffit à donner un terminus chronologique : la Seine-Inférieure prend officiellement le nom de Seine-Maritime par décret du 18 janvier 1955.1

Le sigle G.C. 117 renvoie très vraisemblablement à un chemin de grande communication, mais je le laisse comme une interprétation prudente en attendant un recoupement dans les archives routières départementales. Ce qui est sûr, c’est que le panneau conserve un ancien vocabulaire administratif : une route numérotée autrement, un département nommé autrement, et une forme de signalisation antérieure à la standardisation contemporaine.

Les dos des panneaux sont presque aussi parlants que les faces. On voit les supports, les fixations, l’épaisseur du béton. Ici, les deux objets semblent davantage conservés et replantés que maintenus à leur emplacement routier d’origine. Je ne les présente donc pas comme des panneaux encore en service : ce sont plutôt deux fragments de voirie sauvegardés près d’un lieu communal.5

Le charme du lieu vient de leur coexistence. D’un côté, un panneau bleu qui parle encore de la Seine-Inférieure ; de l’autre, une plaque Michelin tardive qui garde le souvenir d’une N320. Entre les deux, on traverse sans bouger plusieurs décennies de routes, de départements, de matériaux et d’habitudes de circulation.