À première vue, c’est une grosse console en pierre coincée sous un étage de la Calle della Madonna. À Venise, autant dire qu’elle a de la concurrence pour attirer l’attention.
Pourtant, regardez son flanc. On peut encore y lire : « PER LA IVRIDICIOM DI BARBACANI ». Et cette inscription n’est pas décorative.

Les barbacani permettaient aux étages supérieurs de gagner de l’espace sans rétrécir la calle au niveau du sol. Pratique pour les propriétaires. Un peu moins si chacun décide de grignoter quelques centimètres supplémentaires au-dessus de la rue.
La République de Venise avait donc fixé une saillie maximale. Cette console en pierre d’Istrie servait de parangon : un étalon grandeur nature auquel on pouvait comparer les autres constructions. Pas besoin d’un long discours : si une façade dépassait ce modèle, elle dépassait la limite.

Autrement dit, cette pierre était à la fois un élément de façade et un règlement d’urbanisme à l’échelle 1.
Le plus amusant, c’est qu’on peut très bien passer dessous sans lui accorder deux secondes. Une fois qu’on sait à quoi elle servait, les étages qui avancent dans la ruelle deviennent tout de suite beaucoup moins anodins.



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