Avant les batteries, Bréhat savait déjà stocker de l’énergie. Il lui suffisait d’attendre la marée. Depuis le XVIIe siècle, le moulin du Birlot utilise un étang de retenue rempli par la mer : à marée descendante, l’eau est libérée pour entraîner une roue hydraulique et faire tourner les meules. Simple, ingénieux, et plutôt difficile à battre côté énergie renouvelable.
Le projet apparaît dans les archives en 1632 et un contrat de construction est passé en 1633 entre le duché de Penthièvre et le meunier Jan de Tanouarn. Avant la Révolution, le Birlot est un moulin banal : les habitants relevant de la seigneurie doivent y faire moudre leur grain. En 1810, il peut encore produire environ 8 quintaux de farine par jour.
Le bâtiment que tu vois aujourd’hui est bien ancien, mais il faut éviter le joli piège du « tout est de 1633 ». Le moulin est déjà très dégradé en 1744 et fait alors l’objet d’importants travaux ; cette date est encore gravée sur un élément du bâtiment. Il fonctionne jusqu’aux environs de 1920, puis la roue, le mécanisme et les meules disparaissent. Après la tempête de 1987, la commune rachète le site en 1990 et lance sa sauvegarde.
La restauration menée à partir des années 1990 restitue notamment la charpente, le toit de chaume, les ouvertures, l’escalier extérieur, les vannes puis un mécanisme neuf et une nouvelle roue. Autrement dit : les murs et l’implantation racontent plusieurs siècles d’histoire, tandis qu’une partie de ce qui permet au moulin de fonctionner aujourd’hui est une reconstitution moderne. Pas moins intéressant — juste beaucoup plus honnête.
Et la vraie star du lieu n’est peut-être même pas le moulin : c’est la digue d’environ 140 mètres qui ferme l’étang. Elle permet à la mer d’entrer à marée haute, puis de conserver l’eau jusqu’au moment où sa chute peut être utilisée. Ici, la marée ne se contente donc pas de monter et descendre : pendant des siècles, on lui a aussi demandé de fabriquer la farine.




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