Au milieu de l’herbe du Fort La Latte, une courbe de pierre passe facilement pour un simple bord de massif. Mauvaise pioche : elle appartenait au fonctionnement d’une batterie à barbette et servait à orienter un canon vers les navires ennemis.

Le panneau installé sur place l’identifie comme un chemin de rouage. Le principe était très concret : le canon pouvait pivoter le long de cet axe circulaire afin d’adapter son angle de tir à la position des bâtiments qui tentaient d’entrer dans la baie de la Fresnaye. De quoi transformer une innocente courbe dans la pelouse en morceau de mécanique militaire grandeur nature.
Ces batteries s’inscrivent dans la grande transformation du château médiéval en fort de défense côtière à la fin du XVIIe siècle. À partir de 1689, l’ingénieur Simon Garangeau, inspecteur des fortifications pour la Bretagne placé sous l’autorité de Vauban, remanie profondément le site. L’Inventaire général du patrimoine culturel de Bretagne précise que des batteries de canons à barbette, c’est-à-dire tirant au-dessus du parapet, sont alors élevées sur les hauteurs du fort.
Le livret officiel du château situe ces grands travaux entre 1690 et 1715. Le vieux château de la Roche-Goyon devient alors une pièce du système défensif avancé de Saint-Malo, chargée notamment de protéger le mouillage de la baie de la Fresnaye. Ici, le canon ne tirait donc pas à travers une embrasure : placé derrière le parapet, il tirait par-dessus celui-ci, avec un champ de mouvement plus large.

Le panneau précise également que de la terre était tassée sur les parapets afin d’amortir les chocs liés aux tirs. Le principe de la batterie à barbette est bien attesté : la pièce d’artillerie tire au-dessus du parapet plutôt qu’à travers une ouverture. Pour l’origine du mot « barbette », en revanche, les dictionnaires historiques donnent plusieurs hypothèses ; mieux vaut donc laisser l’étymologie de côté plutôt que transformer une explication locale en certitude.
Petite prudence néanmoins : le Fort La Latte a connu d’importantes restaurations entre 1930 et 1938. Les sources permettent d’identifier sans ambiguïté la fonction de cette courbe et l’existence historique des batteries à barbettes, mais pas d’affirmer que chaque pierre visible aujourd’hui est restée exactement en place depuis le XVIIe siècle. Le vestige matérialise en revanche toujours très clairement le fonctionnement de l’ancienne batterie.
C’est exactement le genre de détail qui me plaît : sans le panneau, on marche dessus. Avec l’explication, on voit presque le canon pivoter pour suivre un navire dans la baie.



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