Vestiges de guerre

Cette courbe dans l’herbe faisait pivoter les canons du Fort La Latte

Dans l’herbe du Fort La Latte, une simple courbe de pierre conserve la trace d’un dispositif très concret : elle guidait la rotation d’un canon pour suivre les navires ennemis dans la baie.

Château de la Roche Goyon, 28 rue de la Latte, 22240 Plévenon, France

Fin XVIIe – début XVIIIe siècle

Vérification sur place :
septembre 2026
Cette courbe dans l’herbe faisait pivoter les canons du Fort La Latte

À regarder sur place

  • Regarde la courbe de pierre au ras du sol : le panneau du château l’identifie comme un chemin de rouage. Elle matérialise l’axe le long duquel le canon pouvait être orienté selon la position des navires. Puis lève les yeux vers le parapet : une batterie « à barbette » tirait au-dessus de celui-ci.

Au milieu de l’herbe du Fort La Latte, une courbe de pierre passe facilement pour un simple bord de massif. Mauvaise pioche : elle appartenait au fonctionnement d’une batterie à barbette et servait à orienter un canon vers les navires ennemis.

Chemin de rouage en arc de cercle visible dans l’herbe au Fort La Latte, utilisé pour orienter un canon de batterie à barbette.
Cette courbe de pierre est le chemin de rouage : elle guidait l’orientation du canon.

Le panneau installé sur place l’identifie comme un chemin de rouage. Le principe était très concret : le canon pouvait pivoter le long de cet axe circulaire afin d’adapter son angle de tir à la position des bâtiments qui tentaient d’entrer dans la baie de la Fresnaye. De quoi transformer une innocente courbe dans la pelouse en morceau de mécanique militaire grandeur nature.

Ces batteries s’inscrivent dans la grande transformation du château médiéval en fort de défense côtière à la fin du XVIIe siècle. À partir de 1689, l’ingénieur Simon Garangeau, inspecteur des fortifications pour la Bretagne placé sous l’autorité de Vauban, remanie profondément le site. L’Inventaire général du patrimoine culturel de Bretagne précise que des batteries de canons à barbette, c’est-à-dire tirant au-dessus du parapet, sont alors élevées sur les hauteurs du fort.

Le livret officiel du château situe ces grands travaux entre 1690 et 1715. Le vieux château de la Roche-Goyon devient alors une pièce du système défensif avancé de Saint-Malo, chargée notamment de protéger le mouillage de la baie de la Fresnaye. Ici, le canon ne tirait donc pas à travers une embrasure : placé derrière le parapet, il tirait par-dessus celui-ci, avec un champ de mouvement plus large.

Panneau d’information du Fort La Latte expliquant les batteries à barbettes et le chemin de rouage servant à orienter les canons.
Le panneau sur place permet d’identifier la trace et d’en comprendre le fonctionnement.

Le panneau précise également que de la terre était tassée sur les parapets afin d’amortir les chocs liés aux tirs. Le principe de la batterie à barbette est bien attesté : la pièce d’artillerie tire au-dessus du parapet plutôt qu’à travers une ouverture. Pour l’origine du mot « barbette », en revanche, les dictionnaires historiques donnent plusieurs hypothèses ; mieux vaut donc laisser l’étymologie de côté plutôt que transformer une explication locale en certitude.

Petite prudence néanmoins : le Fort La Latte a connu d’importantes restaurations entre 1930 et 1938. Les sources permettent d’identifier sans ambiguïté la fonction de cette courbe et l’existence historique des batteries à barbettes, mais pas d’affirmer que chaque pierre visible aujourd’hui est restée exactement en place depuis le XVIIe siècle. Le vestige matérialise en revanche toujours très clairement le fonctionnement de l’ancienne batterie.

C’est exactement le genre de détail qui me plaît : sans le panneau, on marche dessus. Avec l’explication, on voit presque le canon pivoter pour suivre un navire dans la baie.

Sources et vérification

Solidité de l’affirmation historique

À vérifier

Les informations disponibles sont insuffisantes, contradictoires ou ne permettent pas actuellement de présenter l’interprétation comme suffisamment établie.

Vérification sur place : septembre 2026Cette date concerne la dernière vérification sur le terrain, indépendamment du niveau de preuve historique.

Sources et bibliographie

Sources principales

  1. Inventaire général du patrimoine culturel de Bretagne — Château fort puis fort dit « Fort La Latte » : transformation du château par Garangeau à partir de 1689 et présence de batteries de canons à barbette tirant au-dessus du parapet sur les hauteurs du fort.
  2. Inventaire général du patrimoine culturel de Bretagne — Château de la Roche-Goyon dit le Fort-La-Latte : travaux de Simon Garangeau de 1689 à 1715, intégration au système de défense de Saint-Malo et restauration du monument entre 1930 et 1938.
  3. Château de la Roche-Goyon / Fort La Latte — livret de visite, édition 2025 : batteries à barbettes construites lors des remaniements de 1690 à 1715.
  4. Panneau d’information « Les batteries à barbettes », photographié sur place le 5 août 2023 : identification de la courbe comme chemin de rouage, rôle dans l’orientation du canon et explication du parapet.
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