Au 119 rue de Bernaü, je m’arrête devant un mur massif qui pourrait presque passer pour un simple ouvrage de soutènement. Puis les grandes arcades soulignées de briques rouges attirent le regard. Plusieurs sont aujourd’hui murées et semblent disparaître dans la pente. La Ville et l’office de tourisme les identifient comme les vestiges des anciens fours à chaux de Champigny-sur-Marne.
La chaux était obtenue par calcination de la pierre calcaire. À Champigny, cette activité est ancienne et particulièrement importante au XIXe siècle. L’Inventaire général du patrimoine d’Île-de-France indique qu’en 1809, sur dix-neuf carriers à chaux recensés dans la région, dix-sept étaient domiciliés à Champigny. Les fours étaient adossés au coteau menant au plateau, une implantation qui facilitait leur remplissage : la topographie que l’on lit encore aujourd’hui dans ce mur n’est donc pas un hasard.
L’activité se poursuit jusqu’au début du XXe siècle. Un document conservé aux Archives municipales et signalé par l’Inventaire régional montre en 1907 un projet de construction de quatre fours pour la société La Chaux Industrielle, destiné à la cuisson de la pierre à chaux, au chemin de la Lande et rue de Bonneau. Le chemin de la Lande correspond à l’actuelle rue de Bernaü. Ce plan confirme donc l’importance de cette industrie dans ce secteur.
Je reste toutefois prudent sur la datation précise des maçonneries visibles au n°119 : les sources consultées identifient sans ambiguïté le site comme des anciens fours à chaux, mais elles ne permettent pas d’affirmer que chacune des arcades conservées correspond exactement aux quatre fours projetés en 1907. Le vestige est, lui, bien réel : le PLUi Paris Est Marne & Bois le classe aujourd’hui dans le « patrimoine industriel et des activités », décrit ses voûtes encastrées dans un mur de pierre et interdit leur démolition.
Difficile d’imaginer une installation industrielle en regardant ce mur presque absorbé par le relief et la végétation. Pourtant, ces ouvertures murées sont bien une trace physique de l’époque où l’on extrayait ici le calcaire avant de le cuire sur place. Un morceau d’usine devenu, avec le temps, presque un morceau de paysage.





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