Au premier regard, on pourrait prendre cette longue file de maçonneries en brique pour une simple succession de colonnes. Il s’agit en réalité de la spina centrale du Grand Cryptoportique des Grotte di Catullo : l’ossature qui partageait cet immense corridor couvert en deux nefs.
La grande villa romaine de Sirmione a été construite à l’époque augustéenne, entre les dernières décennies du Ier siècle av. J.-C. et le début du Ier siècle apr. J.-C. Son nom est trompeur : le poète Catulle, auquel les ruines ont longtemps été associées, était déjà mort lorsque l’ensemble monumental visible aujourd’hui fut édifié.
Le cryptoportique courait le long du côté ouest de la villa sur environ 160 mètres, pour près de 9 mètres de large. Il était couvert par une double voûte en berceau et divisé par une rangée centrale de piliers reliés par des arcs. Une partie du corridor fut directement entaillée dans le rocher ; les maçonneries mêlaient éclats de pierre liés au mortier, briques pour les piliers et les arcs, et un calcaire léger pour les voûtes.
Ce passage n’était pas seulement une prouesse de soutènement. Il portait le portique et la terrasse aménagés au-dessus, tout en offrant en contrebas un espace protégé où l’on pouvait marcher, lire ou converser à l’abri de la chaleur et des intempéries. Trois grandes exèdres ouvraient sur le corridor ; elles étaient agrémentées de fontaines, de marbres et de sculptures.
Après l’abandon progressif de la villa à partir du IIIe siècle, le bâtiment servit pendant des siècles de réserve de matériaux. Les prélèvements, ajoutés aux intempéries, contribuèrent à l’effondrement des voûtes. Les fouilles modernes ont ensuite remis le cryptoportique au jour ; les archives de la Soprintendenza conservent notamment des photographies du chantier de fouille de 1950.
Les vestiges du tracé et des structures sont antiques, mais certains arcs visibles ont été reconstruits pour rendre lisible l’organisation originelle. C’est justement ce détail qu’il faut garder en tête devant cette spectaculaire rangée de briques : elle montre à la fois la villa romaine et la manière dont l’archéologie moderne nous aide à la comprendre.





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