À quelques pas des remparts de Saint-Malo, ces pierres ne sont pas les restes d’une simple chapelle. Elles appartiennent à l’ancienne cathédrale Saint-Pierre d’Alet, au cœur de la cité qui fut longtemps le principal centre religieux du secteur avant que l’évêché ne soit transféré à Saint-Malo.
Le site est spectaculaire parce qu’il se lit presque comme une coupe archéologique à ciel ouvert. Les fouilles menées de 1972 à 1978 par le Centre régional d’archéologie d’Alet ont permis de retrouver plusieurs édifices superposés. Le panneau installé sur place distingue notamment une cathédrale carolingienne du IXe siècle, puis une grande cathédrale à deux absides qui lui succède. Sous ces constructions médiévales apparaissent encore les traces d’un important bâtiment gallo-romain du Bas-Empire, lui-même installé sur un secteur occupé bien plus tôt.

Alet devient siège épiscopal au haut Moyen Âge. La grande cathédrale possédait un plan particulièrement inhabituel en Bretagne, avec deux absides opposées. Les recherches récentes de l’Inventaire du patrimoine soulignent le caractère exceptionnel de ce dispositif et l’importance de l’édifice parmi les grandes cathédrales préromanes connues.
Mais le centre de gravité se déplace progressivement vers le rocher de Saint-Malo. En 1145, le siège de l’évêché y est transféré. Un siècle plus tard, vers 1255, la cathédrale d’Alet est rasée en même temps que les murailles de la cité. Le Centre régional d’archéologie d’Alet relie cette destruction aux représailles qui suivent une révolte des habitants d’Alet contre Saint-Malo.
Tout n’a pourtant pas disparu. L’abside orientale est ensuite réutilisée comme chapelle Saint-Pierre, attestée au XVIIe siècle et restaurée au XIXe. Les vestiges visibles aujourd’hui ont également fait l’objet de dégagements et de consolidations modernes : il faut donc éviter d’imaginer que chaque pierre apparente est restée exactement en place depuis le Moyen Âge.
C’est ce qui rend l’endroit très Brèves d’Histoire : sur quelques dizaines de mètres, on peut lire plus d’un millénaire d’occupations successives, depuis l’Antiquité jusqu’à la disparition de l’ancienne cité épiscopale. Saint-Malo n’a pas commencé derrière ses célèbres remparts : une partie de son histoire s’écrivait déjà ici.





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