Au 15 quai Lucien-Lefranc, le grand mur vitré et les lettres SUDAC semblent appartenir à un décor industriel un peu oublié. Pourtant, ce bâtiment de 1961 était une véritable centrale énergétique : il fabriquait de l’air comprimé pour les entreprises du nord parisien.
À Paris, l’air comprimé a longtemps circulé dans un réseau de canalisations, au même titre que d’autres services urbains. À l’origine, il servait notamment aux horloges pneumatiques ; il a ensuite alimenté ascenseurs, ateliers, garages et de nombreuses machines industrielles. À la fin des années 1950, les centrales existantes se trouvaient au sud de Paris. La SUDAC décida donc d’en construire une troisième à Aubervilliers pour accompagner l’industrialisation de la banlieue nord.
Le chantier commence en novembre 1960. L’architecte François Vitale, assisté de Jacques Fichot, conçoit deux volumes accolés : le hall des compresseurs et le bâtiment regroupant postes de commande, transformateurs et bureaux. Les premiers essais ont lieu le 4 octobre 1961 et la centrale est intégrée au réseau le 23 octobre 1961.
L’architecture ne cherche pas vraiment à cacher sa fonction. La salle des machines est signalée par une immense façade composée de sept châssis vitrés en béton armé, hauts d’environ onze mètres. Le béton, le verre ondulé armé et le parement de pierre donnent au bâtiment une monumentalité assez spectaculaire pour une usine dont le produit était, littéralement, invisible.
La centrale d’Aubervilliers est la dernière centrale édifiée par la SUDAC. Avec la disparition progressive de la clientèle industrielle parisienne, la production centralisée décline et les centrales cessent de fonctionner au milieu des années 1990.
Les machines ont disparu, mais la fonction du lieu se lit encore directement sur ses murs. Le bâtiment, le grand sigle « SUDAC » et l’inscription « DISTRIBUTION D’AIR COMPRIME » sont visibles depuis l’espace public. Les grandes baies vitrées de l’ancienne salle des machines subsistent également, mais elles donnent du côté d’un parking privé : leur observation rapprochée ne doit donc pas conduire à pénétrer dans cet espace. Une centrale électrique sans électricité : Paris et sa banlieue avaient aussi leur réseau d’énergie… à l’air.





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