Dans le Jardin des Plantes, allée Becquerel, une grande table circulaire en pierre alimente depuis longtemps un récit particulièrement séduisant.
Selon cette tradition, elle aurait été découverte vers 1885 dans la forêt du Lys, près de Chantilly, après qu’une jument de course nommée « Plaisantrie » aurait gratté le sol. Elle aurait ensuite appartenu au peintre animalier Henri Camus, avant d’être installée au Muséum après sa mort, vers 1953.
Le Muséum national d’Histoire naturelle a justement réexaminé cette histoire en 2023–2024, en croisant ses archives avec une analyse géologique du plateau et du pied. Premier constat : aucune trace de la découverte n’a été retrouvée dans la presse contemporaine, ni du don dans le registre des collections ou dans les procès-verbaux des assemblées de professeurs. L’histoire de Plaisantrie et du don par Camus reste donc une tradition non sourcée.
L’analyse du plateau, en revanche, fournit une vraie piste. Il contient des fossiles de cérithes caractéristiques d’un calcaire lutétien exploité notamment à Saint-Maximin. Cette couche géologique existe aussi dans la forêt de Chantilly. Le Muséum juge donc possible que le plateau provienne de carrières des environs de Chantilly.
Le pied raconte une autre histoire. Sa roche est différente : grains anguleux et très hétérogènes dans une matrice claire, avec des encoches qui semblent artificielles. Elle ne ressemble pas à une pierre de construction classique de la région parisienne, et même son origine naturelle ou anthropique reste discutée.
Un détail renforce l’idée d’un assemblage : un matériau de type ciment semble relier le plateau au pied. Selon l’analyse transmise par le Muséum, il serait donc très peu probable que le plateau et le pied aient été transportés ensemble tels quels.
L’enquête replace aussi l’objet dans un contexte crédible : la forêt de Chantilly comptait plusieurs tables de pierre liées aux chasses et aux réceptions princières, notamment la table de Montgrésin, la Table du Roi et la Table d’Apremont. Mais rien ne permet aujourd’hui d’identifier avec certitude la table du Jardin des Plantes comme l’une d’entre elles.
Le mystère ne disparaît donc pas : il devient simplement plus intéressant. Le plateau peut plausiblement venir de Chantilly ; le pied semble avoir une autre origine ; et toute l’histoire de la découverte et du don reste à démontrer.





Jean Laporte
5 mars 2019 à 14 h 16 minLa table de Plaisanterie a été signalée par la jument Plaisanterie qui appartenait à l’entraineur Carter que le duc d’Aumale avait fait venir d’Angleterre pour entrainer ses chevaux à Chantilly. Est-elle vraiment en granit? et pas plutôt en calcaire?
J’ai connu madame Newton la dernière fille de l’entaîneur Carter qui était née en 1883 et avait connu le duc d’Aumale à Chantilly quand elle était petite fille. Elle habitait la résidence du Grand Condé et était la voisine de mon grand père né en 1882.
gino
8 mars 2019 à 13 h 51 minBonjour Jean et merci pour ce commentaire très intéressant. Désolé pour ce délai de réponse…Vous faites bien de poser la question concernant la matière utilisée pour la fabrication de cette table. Nos recherches nous ont permis de déterminer que la table était effectivement en granit mais je serais curieux de confronter nos sources pour avoir le fin mot de l’histoire : granit ou calcaire ? Je suis agréablement surpris que votre propre histoire est un lien indirect avec la table de Plaisanterie. Avez-vous un complément d’information à apporter ou des documents historiques en votre possession qui puissent enrichir la brève. Il serait très intéressant d’en faire profiter nos lecteurs si c’est le cas 🙂 ? A bientôt et merci encore pour votre contribution !