À première vue, cette tombe n’a rien à voir avec la Commune de Paris. Charles Nodier est mort en 1844, presque trente ans avant les combats de 1871. Pourtant, regarde la pierre de plus près : plusieurs petites cavités et éclats y sont encore visibles.

Le 27 mai 1871, pendant la Semaine sanglante, le Père-Lachaise devient l’un des derniers points de résistance de la Commune. Environ deux cents fédérés s’y retranchent avec une dizaine de canons. Les troupes versaillaises investissent le cimetière vers 16 heures et les combats se poursuivent entre les tombes, jusqu’au corps-à-corps lorsque les munitions viennent à manquer.
Le parcours historique des Amies et Amis de la Commune de Paris 1871 identifie précisément la tombe de Nodier comme l’un des lieux de ces affrontements et signale encore des impacts de balles sur le monument.

Un témoignage recueilli par l’ancien communard Maxime Vuillaume donne une idée de la violence du secteur. Un entrepreneur de sépultures qui découvre le cimetière après la bataille décrit des tombeaux « écornés par la fusillade » et raconte que la lutte avait été particulièrement vive autour des tombes de Charles Nodier et de Balzac.
Ces marques demandent tout de même un peu de prudence. Elles peuvent être rattachées aux combats de mai 1871, mais rien ne permet d’attribuer chaque trou à un Versaillais ou à un fédéré, ni d’identifier précisément l’arme qui l’a produit.
Nodier, écrivain, académicien et conservateur de la bibliothèque de l’Arsenal, n’a donc jamais connu la Commune. Sa tombe, elle, s’est retrouvée au milieu de ses derniers combats. C’est ce décalage qui rend le vestige si saisissant : un monument funéraire élevé pour un homme mort en 1844 est devenu malgré lui un témoin de 1871.




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