Vestiges de guerre

Au Fort La Latte, on chauffait les boulets à 900 °C avant de tirer

À la fin du XVIIIe siècle, ce petit bâtiment du Fort La Latte servait à porter des boulets de fer au rouge avant de les tirer sur les navires ennemis pour tenter d’y déclencher des incendies.

Château de la Roche Goyon, 28 rue de la Latte, 22240 Plévenon, France

Révolution française — vers 1794

Vérification sur place :
septembre 2026
Au Fort La Latte, on chauffait les boulets à 900 °C avant de tirer

À regarder sur place

  • Observe le bâtiment complet, puis la grande ouverture grillagée et l’intérieur en briques. Le parcours du boulet est encore lisible : chargement par l’arrière, descente dans le four, puis récupération du boulet chauffé par la goulotte de sortie.

Au Fort La Latte, ce petit bâtiment de pierre ne servait ni à cuire du pain ni à réchauffer la garnison. Sa spécialité était nettement moins conviviale : on y faisait chauffer des boulets de fer jusqu’au rouge avant de les tirer sur les navires ennemis.

Vue d’ensemble du four à rougir les boulets de fer du Fort La Latte, avec la cheminée et les ouvertures du foyer.
Le four à rougir les boulets du Fort La Latte, construit à la fin du XVIIIe siècle.

Le principe était simple et assez brutal. Les boulets étaient introduits dans le four à réverbère, chauffés pendant plusieurs heures, puis récupérés brûlants avant d’être chargés dans les canons. Le but n’était plus seulement de percer une coque : un boulet porté au rouge pouvait aussi mettre le feu au bois, aux cordages ou aux aménagements d’un navire. La version XVIIIe siècle du « ça va chauffer » avait donc un sens très littéral.

Le site du château indique qu’il fallait environ 2 à 5 heures pour obtenir un boulet couleur rouge cerise et que le four pouvait atteindre environ 900 °C. Le dispositif demandait beaucoup de bois et une main-d’œuvre importante, ce qui explique aussi pourquoi ces fours étaient contraignants à utiliser en pratique.

L’architecture du vestige permet encore de comprendre son fonctionnement. L’Inventaire général du patrimoine culturel décrit une voûte en briques, une ouverture d’alimentation du foyer, une autre assurant la ventilation, ainsi qu’une gueule de chargement des boulets située sur la face arrière, plus haute. Une goulotte permettait ensuite de récupérer les boulets chauffés. Plusieurs de ces éléments sont encore visibles aujourd’hui dans la maçonnerie.

Vue à l’intérieur du four à rougir les boulets du Fort La Latte, montrant la maçonnerie en briques et le conduit de chauffe.
L’intérieur du four conserve encore sa maçonnerie en briques et le conduit utilisé pour chauffer les boulets.
Goulotte en pierre du four à rougir les boulets du Fort La Latte, utilisée dans le circuit des boulets chauffés.
La goulotte visible le long du four permet encore de comprendre le parcours des boulets.

Pour la date, les sources ne donnent pas exactement la même année. Le château parle d’une construction en 1793 ou « vers 1794 », tandis que l’Inventaire général retient 1795, après un ordre ministériel du 26 mars 1794 prescrivant la construction de fours à réverbère sur les côtes de la Manche. La formulation la plus prudente est donc de situer ce four autour de 1794-1795, en pleine période révolutionnaire.

Ouverture grillagée du four à rougir les boulets du Fort La Latte.
L’ouverture grillagée donne accès au cœur du four à réverbère.

Ce qui rend ce vestige particulièrement intéressant, c’est qu’il ne s’agit pas d’un objet rapporté pour la visite : le four appartient bien à l’histoire militaire du Fort La Latte. L’Inventaire de Bretagne le recense comme un ouvrage du dernier quart du XVIIIe siècle et souligne son bon état de conservation.

Et oui, c’est bien de cette pratique que vient l’image des « boulets rouges » : des projectiles chauffés avant le tir. Au Fort La Latte, l’expression a encore son mode d’emploi sous les yeux.

Sources et vérification

Solidité de l’affirmation historique

À vérifier

Les informations disponibles sont insuffisantes, contradictoires ou ne permettent pas actuellement de présenter l’interprétation comme suffisamment établie.

Vérification sur place : septembre 2026Cette date concerne la dernière vérification sur le terrain, indépendamment du niveau de preuve historique.

Sources et bibliographie

Sources principales

  1. Inventaire général du patrimoine culturel de Bretagne — Four à boulets de Fort-La-Latte : four à réverbère daté de 1795, ordre ministériel du 26 mars 1794, description du circuit des boulets, de la voûte en briques, des ouvertures du foyer et de la goulotte de récupération.
  2. Château de la Roche-Goyon / Fort La Latte — Le four à rougir les boulets de fer : construction vers 1794, chauffe de 2 à 5 heures, température d’environ 900 °C et contraintes d’utilisation.
  3. Château de la Roche-Goyon / Fort La Latte — Histoire du château : mention de la construction du four en 1793.
  4. Panneau d’information « Four à rougir les boulets de fer », photographié sur place le 5 août 2023 : fonctionnement général du four, alimentation, chauffe et sortie des boulets.
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