Sur le chemin qui mène au château de la Roche-Goyon, je tombe sur une pierre qu’il est franchement difficile de rater. Haute, étroite, plantée dans le granite, elle ressemble presque à une aiguille. Avec ses 2,64 mètres de hauteur pour environ 49 cm de largeur et seulement 24 cm d’épaisseur, le fameux Doigt de Gargantua a quelque chose d’assez improbable.

Le site officiel du château le présente comme le menhir de la Roche-Goyon, aussi appelé menhir de Gargantua. Il précise qu’il était autrefois surmonté d’une croix et qu’il aurait été retaillé lors de sa christianisation, ce qui expliquerait sa silhouette anormalement fine. Je garde volontairement le conditionnel : les sources consultées identifient bien cette pierre comme un menhir ancien, mais ne permettent pas d’attribuer une date précise à cette transformation.
Ce n’est en tout cas pas une pierre installée récemment pour le décor : l’Inventaire général du patrimoine culturel de Bretagne conserve une photographie du « menhir de Gargantua » prise en 1906, où l’on reconnaît déjà la même pierre. Cela confirme au minimum que ce monument se trouvait déjà là au début du XXe siècle, sans suffire à dater archéologiquement son érection.

Le panneau visible sur place rappelle aussi les nombreux noms donnés à la pierre : « aiguille du guerrier », menhir de la Roche-Goyon ou de La Latte, dent ou doigt de Gargantua. Et forcément, avec Gargantua dans les parages, la géologie finit vite par prendre des proportions familiales : selon les versions, le géant aurait perdu ici une dent en sautant vers les îles Anglo-Normandes ou laissé derrière lui l’un des nombreux souvenirs de ses exploits.
Ces récits appartiennent au folklore local, pas à l’histoire démontrée du monument. L’Inventaire de Bretagne rappelle d’ailleurs que Gargantua occupe une place importante dans le légendaire de Plévenon et du cap Fréhel, notamment dans les traditions recueillies au XIXe siècle par Paul Sébillot.
C’est finalement ce mélange qui rend la pierre intéressante : un monument ancien, ensuite christianisé selon la tradition locale, puis enveloppé de récits populaires jusqu’à devenir un doigt ou une dent de géant. Sans explication, on voit une grande pierre dressée. Avec son histoire, on comprend que plusieurs siècles de croyances sont venus se poser sur les mêmes 2,64 mètres de granite. Pas mal pour un caillou.



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