À première vue, le détail peut passer pour un simple décor au-dessus d’une porte. En réalité, il donne presque le nom de son propriétaire à qui sait le lire.
Le médaillon est un rectangle de pierre d’environ 80 × 60 cm, encadré de feuilles d’acanthe stylisées. Au centre, une biche est couchée sur un os. Lis les deux éléments à la suite : « biche-os ». Le rébus renvoie directement au nom Bichot. C’est ce que l’héraldique appelle des armes parlantes : une image qui fait entendre le nom de la famille qu’elle représente.
Le décor est encore plus bavard qu’il n’en a l’air. Autour de l’animal apparaissent les initiales I. B. et la date 1588. Une étude présentée en 1941 à la Commission des Antiquités de la Côte-d’Or les attribue à Jehan Bichot, qui occupait alors la maison. Le panneau patrimonial installé sur place retient lui aussi 1588 pour dater la demeure.
La façade correspond bien à cette période charnière. La porte est couverte d’un arc en plein cintre ; les encadrements moulurés et les petites colonnettes qui l’accompagnent témoignent d’une architecture de la fin du XVIe siècle où se mêlent encore tradition médiévale et influence de la Renaissance. La maison elle-même a connu plusieurs états : l’étude de 1941 la décrit comme un bâtiment composite, remanié au fil du temps.
Les Bichot n’étaient pas une famille anonyme du bourg. Les recherches publiées en 1941 les présentent comme de riches propriétaires proches des seigneurs locaux. La famille fut anoblie en 1629 et plusieurs de ses membres exercèrent ensuite des fonctions importantes dans la région : capitaine-châtelain, contrôleur du grenier à sel, conseiller au Parlement ou encore vicomte-maïeur.
Le jeu de la biche n’apparaît d’ailleurs pas uniquement ici. Les mêmes notes signalent qu’un Jean Bichot mort en 1560 possède dans l’église de La Bussière-sur-Ouche une dalle funéraire sur laquelle une biche est déjà sculptée. Le motif semble donc avoir servi de véritable signature familiale avant même la date portée sur cette maison.
C’est ce qui rend ce petit relief si intéressant : il ne se contente pas d’orner une façade. Quatre siècles plus tard, il continue à donner un nom, une date et une identité à ceux qui vivaient derrière cette porte. Une biche, un os, et le propriétaire n’était finalement pas très difficile à retrouver.





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