Dans la grande cour de l’hôpital Lariboisière, ce qui me frappe n’est pas seulement l’élégance des façades. C’est surtout le vide entre elles. Les bâtiments ne forment pas un bloc continu : ils sont séparés, alignés de part et d’autre de la cour et reliés par de longues galeries.
Ce vide est volontaire. Lorsque l’architecte Martin-Pierre Gauthier conçoit l’établissement à partir de 1839, les médecins cherchent à rompre avec les grands hôpitaux où les malades sont concentrés dans d’immenses salles. Le projet définitif, accepté en 1845 puis réalisé entre 1846 et 1854, adopte le principe de l’hôpital pavillonnaire : plusieurs bâtiments distincts, séparés par des cours et largement ouverts à l’air.
À l’époque, on ne connaît pas encore le rôle des microbes. Une grande partie de la médecine raisonne encore avec la théorie des « miasmes » : un air vicié serait responsable de nombreuses maladies. Espacer les pavillons, ventiler les salles, multiplier les fenêtres et réduire le nombre de malades regroupés dans un même volume doivent donc améliorer la salubrité. L’AP-HP présente Lariboisière comme le premier hôpital français construit selon ces principes hygiénistes, tandis que la Commission du Vieux Paris le décrit comme un véritable modèle du XIXe siècle pour l’aération, la ventilation et le chauffage.
Le principe allait aussi plus loin que l’architecture : les réflexions qui ont précédé Lariboisière prévoyaient de limiter le nombre de patients par salle et de séparer les malades infectieux des autres. Autrement dit, bien avant Pasteur, l’organisation même des bâtiments devenait déjà un outil de soin.
Le détail Brèves d’Histoire, ici, n’est donc pas une pierre cachée dans un mur. C’est le vide entre les pierres. Quand tu regardes les pavillons séparés par les cours, tu regardes une ancienne théorie médicale transformée en architecture.





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