Au milieu du Jardin d’Agronomie Tropicale René-Dumont, le bâtiment n’a plus grand-chose d’une école. La toiture a largement disparu, la végétation gagne les murs et l’intérieur n’est plus accessible. Pourtant, derrière cette façade fatiguée se cache l’un des lieux où la France formait autrefois ses spécialistes de l’agriculture coloniale.
L’origine du bâtiment prêtait à confusion. Certaines publications le présentaient comme un pavillon construit pour l’Exposition universelle de 1900 puis transféré à Nogent. La bibliothèque historique du CIRAD indique au contraire que les éléments conservés dans ses fonds convergent vers une autre histoire : le bâtiment aurait été construit directement en 1902 pour accueillir l’École nationale supérieure d’agriculture coloniale (ENSAC), créée statutairement la même année. L’appellation « pavillon du Maroc » serait venue dans un second temps.
La signalétique patrimoniale du jardin précise que le bâtiment comprenait un amphithéâtre pour les cours magistraux et des laboratoires pour les travaux pratiques. Elle le décrit aussi comme étant de « style tunisien », une formulation dont l’origine reste encore à éclaircir. L’espace devient rapidement trop étroit : les pavillons voisins de la Tunisie et de la Guyane sont alors utilisés comme laboratoires spécialisés.
L’école s’inscrit dans le fonctionnement du Jardin colonial créé à la fin du XIXe siècle à Nogent-sur-Marne. Il ne s’agissait pas seulement d’un jardin d’exposition : le site servait aussi à expérimenter, acclimater et étudier des plantes destinées aux territoires coloniaux. L’ENSAC y formait des ingénieurs et techniciens appelés à travailler dans cette organisation agricole de l’empire.
Le bâtiment change ensuite de fonction. D’après le panneau installé sur place, l’enseignement agricole quitte le site en 1940 et le pavillon est transformé en laboratoire. En 1960, un hangar est ajouté contre sa façade ouest. Le pavillon du Maroc fait aujourd’hui partie des éléments du Jardin d’Agronomie Tropicale protégés au titre des monuments historiques depuis l’arrêté du 1er juin 1994.
La ruine visible aujourd’hui raconte donc deux histoires à la fois : celle de l’enseignement agricole colonial et celle d’un bâtiment dont le nom a fini par brouiller sa propre origine.





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