À Via Vigna, je m’arrête devant une façade plutôt banale. Des voitures garées, des grilles, un immeuble moderne. Il faut regarder derrière pour comprendre pourquoi je suis là.

Et pourtant, derrière ces barreaux subsiste un long morceau du cirque romain de Mediolanum, le Milan antique : près de 30 mètres du mur extérieur oriental de l’édifice.
Le cirque est construit entre la fin du IIIe et le début du IVe siècle apr. J.-C., sous l’empereur Maximien Hercule. Milan est alors l’une des grandes résidences impériales de la Tétrarchie. Le monument est à la hauteur du programme : environ 470 mètres de long pour 80 mètres de large, juste à côté du palais impérial dont d’autres vestiges subsistent Via Brisa.
Ce mur n’était donc pas une simple clôture autour d’une piste. Sur sa face intérieure, on distingue encore les traces de plusieurs arcs. Les relevés archéologiques montrent qu’ils correspondaient au départ des voûtes qui soutenaient la cavea, autrement dit les gradins où prenait place le public.

Le cirque accueillait notamment les courses de chars, mais il avait aussi une fonction politique. Dans ce type de grande résidence impériale, l’empereur s’y montrait à la population et recevait son hommage pendant les spectacles. Palais et cirque formaient ainsi deux pièces d’un même décor de pouvoir.
Les chercheurs ont d’ailleurs utilisé ce fragment de Via Vigna, relevé au laser et par photogrammétrie, pour restituer plus précisément la géométrie du cirque disparu.
Ce que je trouve le plus frappant ici, c’est le contraste : un mur qui pourrait passer pour une vieille séparation entre deux immeubles est en réalité l’un des rares morceaux encore debout d’un édifice monumental vieux d’environ 1 700 ans. À Milan, l’Empire romain se cache parfois derrière une simple grille.




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