Dans la cour du donjon de Vincennes, je remarque un mur qui semble avoir été recousu pierre après pierre. Des ouvertures ont été bouchées, des moulures restent prises dans la maçonnerie et certaines assises ne racontent manifestement pas la même histoire. Ce n’est pas un simple mur défensif : il conserve encore l’empreinte d’une partie du logis royal de Charles V.
Au XIVe siècle, la cour du donjon était bordée de bâtiments nécessaires à la vie du souverain. À gauche du châtelet d’entrée, dans l’angle nord-est, un corps de bâtiment possédait même un niveau supplémentaire avec une chambre, une salle de réception et une chapelle. Associé au cabinet de travail aménagé dans le châtelet, cet ensemble formait ce que le panneau du monument appelle le « logis bas du roi ».
Le détail le plus intéressant est encore visible aujourd’hui sur le revers de l’enceinte : les encadrements moulurés de trois fenêtres qui ouvraient autrefois au niveau du chemin de ronde, ainsi que la trace d’un lavabo mural. Autrement dit, le mur actuel permet encore de lire la silhouette d’un bâtiment qui n’existe plus. Le chemin de ronde lui-même servait alors aussi de promenade et permettait au roi de circuler entre son cabinet de travail et ses espaces résidentiels.
Charles V avait transformé Vincennes en bien davantage qu’une forteresse. Après l’achèvement du donjon vers 1369-1370, il lança la grande enceinte et voulut faire du site une véritable résidence politique fortifiée, capable d’accueillir le souverain, sa cour et une partie du gouvernement. Le « palais » du titre n’était donc pas un bâtiment unique : il s’agissait d’un vaste ensemble résidentiel dont ce mur conserve une petite mais très concrète cicatrice.
Les constructions médiévales adossées à cette enceinte ont été détruites au XVIIe siècle. Les volumes que l’on voit aujourd’hui au pied du mur sont beaucoup plus récents : ce sont des casemates édifiées par l’armée vers 1841. Plusieurs siècles d’architecture se retrouvent donc superposés au même endroit — et le bâtiment disparu de Charles V continue, discrètement, à se dessiner dans la pierre.




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