À l’angle de la rue Le Regrattier et du quai de Bourbon, deux détails semblent raconter la même histoire : l’ancienne inscription « RUE DE LA FEMME SANS TESTE » et, juste au-dessus, une niche historiquement liée à une statue de Saint-Nicolas décapitée pendant la Révolution.
Le rapprochement est presque trop parfait. Le musée Carnavalet documente pourtant deux histoires distinctes. Un dessin de 1887 porte la mention selon laquelle l’ancien nom de la rue venait d’une enseigne de cabaret. De son côté, Carnavalet identifie bien la sculpture mutilée comme Saint-Nicolas et conserve plusieurs vues anciennes de la niche.
La chronologie confirme qu’il faut se méfier de l’évidence visuelle : l’appellation « Femme sans Tête » est attestée bien avant la mutilation révolutionnaire de la statue. La décapitation du saint n’est donc pas à l’origine du nom de rue.
Ce que l’on voit aujourd’hui superpose ainsi plusieurs couches : un ancien nom de voie gravé dans la pierre, le souvenir d’une enseigne disparue, une sculpture religieuse mutilée à la Révolution et une représentation de Saint-Nicolas revenue dans la niche.
BDH adore ce genre de piège : tout paraît raconter une seule anecdote, alors que le vrai plaisir consiste justement à démêler deux histoires que le hasard a placées l’une au-dessus de l’autre.





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