Sur cette sphinge, les éclats du marbre donnent d’abord l’impression d’une statue qui a simplement eu une vie un peu rude. Ce serait presque plus simple.
Elle est sculptée à Carrare en 1845, avec sa jumelle, pour encadrer l’escalier extérieur de la bibliothèque navale de Sébastopol. Dix ans plus tard, pendant la guerre de Crimée, les deux statues sont saisies par le général Pélissier lors de la prise de la ville et rapportées en France comme butin de guerre.
Après avoir été exposées aux Tuileries, elles sont installées à l’entrée Flore du jardin sous Napoléon III. La sphinge Ouest est ensuite déplacée légèrement en 1877 lors de la création de l’actuelle avenue du Général-Lemonnier.

Le parcours est déjà assez chargé pour un morceau de marbre. Mais il ne s’arrête pas là. La notice officielle du Louvre précise que cette sphinge a été atteinte par des tirs pendant la Libération de Paris en août 1944 — et que les impacts sont toujours visibles.
Regarde l’épaule, les draperies et les moulures du socle : les éclats ne racontent donc pas Sébastopol. Ils appartiennent à une autre guerre, presque quatre-vingt-dix ans plus tard, cette fois à Paris.

Une statue rapportée comme trophée d’un conflit finit ainsi par porter elle-même les traces d’un autre. L’Histoire a parfois un goût assez prononcé pour l’ironie.




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