1er arrondissement · Vestiges de guerre

La sphinge de Sébastopol, du butin de guerre aux impacts de 1944

Rapportée de Crimée comme butin de guerre, cette sphinge porte aussi dans son marbre les traces de la Libération de Paris.

Sphinge Ouest, Jardin des Tuileries, avenue du Général-Lemonnier / quai Aimé-Césaire, 75001 Paris, France

1845 · 1855 · août 1944

La sphinge de Sébastopol, du butin de guerre aux impacts de 1944

À regarder sur place

  • Observe surtout l’épaule et les plis de la draperie, puis les moulures du socle : plusieurs éclats et arrachements sont encore visibles. Le Louvre attribue des impacts de cette sphinge aux tirs de la Libération de Paris.

Sur cette sphinge, les éclats du marbre donnent d’abord l’impression d’une statue qui a simplement eu une vie un peu rude. Ce serait presque plus simple.

Elle est sculptée à Carrare en 1845, avec sa jumelle, pour encadrer l’escalier extérieur de la bibliothèque navale de Sébastopol. Dix ans plus tard, pendant la guerre de Crimée, les deux statues sont saisies par le général Pélissier lors de la prise de la ville et rapportées en France comme butin de guerre.

Après avoir été exposées aux Tuileries, elles sont installées à l’entrée Flore du jardin sous Napoléon III. La sphinge Ouest est ensuite déplacée légèrement en 1877 lors de la création de l’actuelle avenue du Général-Lemonnier.

Vue d’ensemble de la sphinge Ouest à l’entrée Flore du jardin des Tuileries, avec son environnement visible autour.
Vue d’ensemble de la sphinge Ouest à l’entrée Flore des Tuileries.

Le parcours est déjà assez chargé pour un morceau de marbre. Mais il ne s’arrête pas là. La notice officielle du Louvre précise que cette sphinge a été atteinte par des tirs pendant la Libération de Paris en août 1944 — et que les impacts sont toujours visibles.

Regarde l’épaule, les draperies et les moulures du socle : les éclats ne racontent donc pas Sébastopol. Ils appartiennent à une autre guerre, presque quatre-vingt-dix ans plus tard, cette fois à Paris.

Gros plan sur les éclats et marques visibles dans la pierre de la sphinge Ouest du jardin des Tuileries.
Les éclats visibles sur la sphinge. Le Louvre attribue certains impacts aux tirs de la Libération de Paris en août 1944.

Une statue rapportée comme trophée d’un conflit finit ainsi par porter elle-même les traces d’un autre. L’Histoire a parfois un goût assez prononcé pour l’ironie.

Sources et bibliographie
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