Détails

  • Lieu-dit :
    Hôtel Crillon (5ème colonne en partant de la gauche)
  • Adresse :
    Hôtel de Crillon
  • Date/période du vestige :
    26 août 1944
  • Droit d'accès :
    Gratuit

Accessible

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  • 7 juillet 2026 5 h 38 min

Description

Sur la place de la Concorde, la façade de l’Hôtel Crillon semble d’abord parfaitement ordonnée. Les colonnes, les arcades et la pierre claire composent un décor presque trop régulier, comme si rien ne pouvait vraiment l’avoir troublé. Pourtant, en prenant le temps de regarder, un détail finit par résister à cette impression d’harmonie : la cinquième colonne, en partant de la rue Royale, n’a pas tout à fait la même présence que les autres.

Ce n’est pas une trace spectaculaire au premier regard. Pas d’impact évident, pas de pierre éclatée, pas de blessure ouverte. Ici, la cicatrice est plus subtile : elle se lit dans une différence de teinte, dans une nuance de matière, dans l’impression qu’une partie de la façade appartient à une autre temporalité. Et pour comprendre cette discrète anomalie, il faut revenir à la Libération de Paris.

Le 26 août 1944, le secteur de la Concorde reste extrêmement tendu. Le Musée de la Résistance en ligne rappelle que le ministère de la Marine, l’Hôtel Crillon et le jardin des Tuileries sont alors fortement tenus par la garnison allemande, faisant de la place un point de résistance majeur.1 Au même moment, Paris vit l’une de ses journées les plus symboliques : le général de Gaulle descend les Champs-Élysées, dans une ville libérée mais encore traversée par les tirs.

La façade du Crillon porte alors une trace spectaculaire des combats. Une photographie de Pierre Jahan, conservée par le Musée Carnavalet, montre l’Hôtel Crillon le 26 août 1944, vers 15 h 45, avec la cinquième colonne corinthienne manquante.2 Une autre photographie, prise par Robert Pichonnier et conservée par Paris Musées, documente les tirs du char Flibustier, du Régiment blindé de fusiliers marins de la 2e DB, sur cette cinquième colonne de l’hôtel.3

L’anecdote souvent racontée veut qu’un cri évoquant la “cinquième colonne” ait été compris au pied de la lettre par l’équipage du char, entraînant le tir sur la cinquième colonne de la façade. L’histoire est savoureuse, presque trop parfaite. Il faut donc la traiter avec prudence : ce qui est solidement attesté par les sources, ce sont les tirs du char Flibustier, la colonne abattue, puis la colonne manquante sur les photographies d’époque. Le quiproquo, lui, relève davantage de la mémoire orale de l’événement.

La colonne actuelle n’est donc pas simplement une colonne parmi d’autres. Elle correspond à une réparation. Sa teinte légèrement différente s’explique par cette logique de remplacement : une pierre refaite ne vieillit pas exactement comme les pierres voisines. Elle n’a pas la même patine, pas le même encrassement ancien, pas forcément la même provenance ni la même exposition dans le temps. Ce que l’œil repère aujourd’hui n’est plus la destruction elle-même, mais la manière dont la façade a tenté de la refermer.

C’est précisément ce qui rend ce vestige intéressant. La cinquième colonne de l’Hôtel Crillon n’est pas une cicatrice brute, laissée ouverte dans la pierre. C’est une cicatrice reconstruite. La façade a retrouvé son ordre classique, mais pas tout à fait son homogénéité. En regardant cette colonne de près, on ne voit pas seulement un détail architectural : on voit une absence comblée, une violence réparée, et une trace que la restauration n’a pas totalement effacée.

Sources

  1. Musée de la Résistance en ligne, Les combats de la place de la Concorde. Source utilisée pour le contexte militaire de la Libération de Paris autour de la place de la Concorde : l’Hôtel Crillon, le ministère de la Marine et le jardin des Tuileries y sont décrits comme fortement tenus par la garnison allemande.

    https://museedelaresistanceenligne.org/media4352-Les-combats-de-la-place-de-la-Concorde
  2. Paris Musées / Musée Carnavalet, Pierre Jahan, L’Hôtel Crillon — le 26 août 1944, photographie, inventaire PH24857. Source utilisée pour la preuve visuelle de la cinquième colonne corinthienne manquante sur la façade de l’Hôtel Crillon lors du défilé du général de Gaulle, le 26 août 1944 vers 15 h 45.

    https://www.parismuseescollections.paris.fr/fr/musee-carnavalet/oeuvres/l-hotel-crillon-le-26-aout-1944
  3. Paris Musées / Musée Carnavalet, Robert Pichonnier, Libération de Paris — 26 août 1944 — Tirs d’un char “Flibustier” du RBMF de la 2e DB sur la cinquième colonne de l’Hôtel Crillon, photographie, inventaire PH18872. Source utilisée pour documenter directement le tir du char Flibustier sur la cinquième colonne de l’Hôtel Crillon.

    https://www.parismuseescollections.paris.fr/ru/node/131888
  • fredthuillier
    15 décembre 2020 à 7 h 47 min

    Une anecdote digne de la VIIème Compagnie. 🙂

    • Gino
      15 décembre 2020 à 22 h 04 min

      Belle référence ! C’est vrai que cette histoire est rocambolesque. 🙂

  • Leo
    21 février 2022 à 13 h 33 min

    Merci pour ce partage d’anecdote!

    • Gino
      21 février 2022 à 14 h 14 min

      Avec plaisir Leo !

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