Détails

  • Lieu-dit :
    Jardin d’Agronomie Tropicale René-Dumont
  • Adresse :
    45b Avenue de la Belle Gabrielle
  • Date/période du vestige :
    1907 / ressource coloniale exposée
  • Droit d'accès :
    Gratuit

Inaccessible

Accessibilité aujourd’hui : 9 h 30 min - 20 h 00 min Toggle weekly schedule
  • Lundi

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  • Dimanche

    9 h 30 min - 20 h 00 min

  • 24 juin 2026 2 h 40 min

Description

Dans le Jardin d’Agronomie Tropicale René-Dumont, certains vestiges se donnent comme des bâtiments, des portes ou des monuments. Celui-ci est plus déroutant : un gros bloc noir, posé sur un socle bas, presque avalé par les herbes et les arbres. Le plan patrimonial du jardin l’identifie simplement comme le bloc d’anthracite du Tonkin.1

Vue d’ensemble du bloc d’anthracite dans la végétation du Jardin d’Agronomie Tropicale.

À première vue, il pourrait passer pour une pierre décorative. Mais le mot “anthracite” change tout. Il ne désigne pas une roche quelconque : c’est un charbon très riche en carbone, dur, noir, brillant, associé ici au Tonkin, au nord de l’ancien Indochine française. Le vestige transforme donc une matière première en objet d’exposition.

Ce bloc prend place dans un jardin dont la fonction première n’était pas seulement botanique. La Ville de Paris rappelle qu’un jardin d’essai colonial est créé ici en 1899 pour coordonner des expériences agronomiques et cultiver des végétaux destinés aux colonies ; le site accueille ensuite l’Exposition coloniale de Nogent en 1907.2

Le bloc d’anthracite du Tonkin, posé sur un socle bas dans le secteur indochinois du jardin.

Dans ce contexte, le bloc d’anthracite fonctionne comme un échantillon monumental. Il ne raconte pas seulement une ressource naturelle : il expose une promesse économique. Les collections de Gallica conservent des images des mines d’anthracite de Hongay, dans la province de Quang-Yen au Tonkin, appartenant à la Société française des Charbonnages du Tonkin dans les années 1920.3 Cette documentation confirme l’importance accordée au charbon tonkinois dans l’imaginaire industriel de l’Indochine coloniale.

Le jardin rassemblait précisément ce type de signes : plantes acclimatées, pavillons, monuments, ponts, pièges, matériaux et objets censés résumer des territoires lointains. À côté des architectures plus spectaculaires, ce bloc est un vestige moins bavard, mais très révélateur : il montre comment une matière extraite pouvait être mise en scène à Paris comme preuve de richesse, d’utilité et de maîtrise.

Détail de la surface noire, brillante et fracturée du bloc d’anthracite.

Le détail de sa surface renforce cette lecture. Le bloc n’a rien d’une sculpture polie : il est sombre, cassé, irrégulier, avec des reflets brillants. C’est précisément cette matérialité brute qui fait son intérêt. Là où d’autres vestiges du jardin jouent sur le décor, celui-ci expose une ressource. Il montre le versant extractif du projet colonial : prélever, classer, présenter, rentabiliser.

Il faut rester prudent sur un point : les sources consultées identifient le bloc sur le plan patrimonial actuel et documentent le contexte minier du Tonkin, mais ne donnent pas encore l’historique complet de l’arrivée précise de ce bloc dans le jardin. La formulation la plus sûre est donc de parler d’un bloc d’anthracite signalé sur place comme venant du Tonkin, replacé dans l’histoire du Jardin colonial et de la mise en scène des ressources coloniales.

Le plan patrimonial du Jardin d’Agronomie Tropicale signale le bloc d’anthracite du Tonkin au numéro 13.

C’est ce qui en fait une cicatrice discrète. On pourrait le contourner sans le voir. Pourtant, ce morceau noir posé dans l’herbe condense une histoire lourde : celle d’un jardin parisien où les territoires colonisés étaient traduits en plantes, en décors, en objets et en matières premières. Le bloc d’anthracite du Tonkin n’est pas spectaculaire. Il est plus efficace que cela : il rappelle, sans phrase, que l’exposition coloniale était aussi une exposition de ressources.

Sources

  1. Plan patrimonial du Jardin d’Agronomie Tropicale René-Dumont, photographié sur place le 16 juin 2026. Le plan identifie le numéro 13 comme “Bloc d’anthracite du Tonkin”.
  2. “Jardin d’Agronomie Tropicale René-Dumont”, Ville de Paris. Source pour l’adresse, le jardin d’essai colonial créé en 1899, l’exposition coloniale de Nogent en 1907 et les informations pratiques.
  3. “Industrie minière en Indochine, années 1920. Mines d’anthracite de Hongay, province de Quang-Yen (Tonkin), appartenant à la Société Française des Charbonnages du Tonkin”, Agence économique de l’Indochine, 1929 — Gallica / BnF. Source iconographique et documentaire pour le contexte minier de l’anthracite tonkinois.
  4. Notice Mérimée PA00086585 — “Jardin d’Agronomie Tropicale, situé dans le bois de Vincennes”, Ministère de la Culture / POP. Source pour le contexte patrimonial du Jardin d’Agronomie Tropicale et ses vestiges protégés.
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