Au 4 rue de l’Abreuvoir, un coq accompagne un cadran solaire portant une devise plutôt bien choisie : « Quand tu sonneras, je chanteray ».
La chronologie du lieu est plus ancienne qu’on ne le lit parfois. Un permis de construire est délivré le 17 octobre 1912 pour une construction de deux étages destinée à Joseph Daviel de La Nézière, sur des plans des architectes Caignart de Mailly et Guéritte. Une carte postale oblitérée en 1913 montre déjà le bâtiment achevé.

Le cadran visible aujourd’hui est attribué au commandant Henry Lachouque et daté de 1924 dans la documentation spécialisée. Lachouque, militaire et historien passionné par Napoléon et le Premier Empire, aurait transformé le bâtiment cette année-là. Le cadran, peint en bleu, est un cadran déclinant de l’après-midi orné d’un coq et de la devise « Quand tu sonneras, je chanteray ».
Mais la photographie de 1913 complique joliment l’histoire. À l’emplacement actuel du cadran, on distingue déjà un élément clair. Sollicitée par Brèves d’Histoire, la Commission des cadrans solaires de la Société astronomique de France a examiné et agrandi cette image. Pour Jean-Claude Berçu, de ses commissions Histoire et Cadrans solaires, l’image semble bien montrer l’emplacement d’un cadran ; sa définition est cependant insuffisante pour savoir si un cadran était effectivement installé. Philippe Sauvageot, de la même Commission, relève également sur l’agrandissement plusieurs détails intrigants : un coq dans la partie haute, un trait sombre pouvant évoquer un style et des marques périphériques susceptibles de correspondre à des repères horaires. Ces observations renforcent l’hypothèse qu’un cadran ait pu exister ici avant 1924, sans permettre de l’affirmer à partir de cette seule photographie. Les recherches iconographiques complémentaires n’ont pas permis de retrouver une vue assez précise de la façade avant 1924 pour trancher.
On peut donc établir que le bâtiment date de 1912-1913 et que le cadran actuel est attribué à Lachouque en 1924. En revanche, l’existence d’un premier cadran solaire dès 1913 reste une hypothèse sérieuse mais non démontrée. Le dispositif de Lachouque pourrait ainsi avoir remplacé ou transformé un élément antérieur.
La graphie volontairement archaïsante de « chanteray » contribue au charme de l’ensemble. En revanche, l’explication souvent répétée selon laquelle certaines lettres auraient été volontairement dessinées à l’envers pour faire référence à l’alphabet cyrillique reste non documentée.
Plus d’un siècle après la photographie de 1913, le cadran garde donc une petite zone d’ombre — ce qui, pour un cadran solaire, est plutôt bien trouvé.





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