Le saviez-vous ?
L’urne centrale n’est pas un simple pot décoratif : Gallica la décrit comme une réplique en bronze des urnes impériales vietnamiennes du palais de Hué.
Pont Khmer, 75012 Paris, France
L’urne centrale n’est pas un simple pot décoratif : Gallica la décrit comme une réplique en bronze des urnes impériales vietnamiennes du palais de Hué.
Lundi
9 h 30 min - 20 h 00 min
Mardi
9 h 30 min - 20 h 00 min
Mercredi
9 h 30 min - 20 h 00 min
Jeudi
9 h 30 min - 20 h 00 min
Vendredi
9 h 30 min - 20 h 00 min
Samedi
9 h 30 min - 20 h 00 min
Dimanche
9 h 30 min - 20 h 00 min
20 juin 2026 12 h 03 min
Au fond du Jardin d’Agronomie Tropicale René-Dumont, l’esplanade du Dinh ne se livre pas d’un seul regard. On aperçoit d’abord une urne centrale, posée dans une clairière sablonneuse, puis un portique-écran, des panneaux rouges ajourés, un motif octogonal bleu et jaune, et des décors sculptés que les arbres encadrent presque comme une scène.

Ce décor appartient à l’ancien Jardin colonial de Nogent. Le site est d’abord un jardin d’essai colonial, implanté dès 1899 pour coordonner des expériences agronomiques et cultiver sous serre des plants de café, cacaoyer, vanille ou bananiers destinés aux colonies.3 En 1907, il devient le théâtre de l’Exposition coloniale de Nogent, visitée par environ deux millions de personnes de mai à octobre.2
Dans cette mise en scène, la partie asiatique du jardin occupe une place importante. La BnF / Gallica rappelle que les visiteurs entraient déjà par la Porte chinoise, puis se dirigeaient vers la partie asiatique ou africaine du parcours. Côté Indochine, la maison cochinchinoise est remontée à Nogent : il s’agissait d’un dinh, c’est-à-dire une maison commune de village, construite par les habitants de Thủ Dầu Một, dans l’actuel Vietnam, et offerte à l’Exposition coloniale de Marseille.2

Cette vue replace l’esplanade dans son vis-à-vis immédiat : le pavillon actuel, situé à l’emplacement de l’ancienne maison cochinchinoise, fait face au décor du Dinh et aide à comprendre l’ensemble comme une composition, et non comme un vestige isolé.

L’esplanade visible aujourd’hui se comprend dans ce voisinage. Elle n’est pas seulement une jolie composition décorative : Gallica indique que l’esplanade du Dinh était aménagée et ornée d’une urne funéraire en bronze, présentée comme une réplique des urnes impériales vietnamiennes du palais de Hué.2 La notice Mérimée du ministère de la Culture confirme de son côté que l’“esplanade du Dinh avec son décor et l’urne funéraire” fait partie des éléments protégés du Jardin d’Agronomie Tropicale par l’arrêté du 1er juin 1994.1
Le vestige porte donc plusieurs couches : un vocabulaire visuel vietnamien, une scénographie d’exposition coloniale, puis une protection patrimoniale tardive. Il faut aussi rappeler que la maison cochinchinoise voisine a été cambriolée puis incendiée en 1984 ; un pavillon plus modeste a ensuite été édifié à son emplacement en 1992.2 Ce que l’on voit aujourd’hui n’est donc pas le décor complet et intact de 1907, mais un ensemble fragmentaire, survivant, restauré ou reconstruit par endroits, repris peu à peu par le jardin.

Le détail le plus intéressant est peut-être là : le lieu organise encore le regard. On traverse des portes, on regarde à travers des panneaux, on avance vers une urne centrale. Les couleurs, les seuils et les ornements fabriquent une ambiance d’“ailleurs” dans un parc parisien. Mais cet ailleurs était un décor colonial : il servait à montrer, classifier, séduire et domestiquer symboliquement les territoires dominés.
C’est pour cela que l’esplanade du Dinh fonctionne comme une cicatrice discrète. Elle ne choque pas immédiatement. Elle peut même paraître simplement pittoresque. Pourtant, son histoire la rattache à un dispositif où l’agronomie, le commerce, l’exotisme et la propagande coloniale se mêlaient. Le vestige n’est pas seulement ce qui reste d’un décor : c’est ce qui reste d’une manière de regarder le monde.

En sortant du regard décoratif, l’esplanade devient plus lisible. L’urne, le portique-écran et les panneaux décoratifs ne sont pas de simples accessoires : ils rappellent que le jardin fut à la fois un laboratoire agronomique, un espace d’exposition et un théâtre politique colonial. Aujourd’hui, la végétation adoucit les formes, mais elle n’efface pas ce que le lieu raconte.
Accès au jardin : l’entrée est gratuite. Les horaires habituels indiqués par la Ville de Paris sont : du 1er mai au 30 septembre, 9 h 30 – 20 h 00 ; du 1er au 24 octobre, 9 h 30 – 18 h 30. Des horaires exceptionnels peuvent s’appliquer : à vérifier sur la fiche officielle avant visite.