Le plus extraordinaire dans le « tombeau de Merlin », c’est qu’il n’a probablement jamais vu Merlin. Les pierres visibles aujourd’hui sont les derniers vestiges d’une allée couverte néolithique, construite vers 3000 à 2500 av. J.-C. Autrement dit, elles étaient déjà très anciennes quand la légende arthurienne a commencé à s’installer en Brocéliande.
L’association du site à Merlin est beaucoup plus récente. Au XIXe siècle, érudits et auteurs romantiques cherchent dans la forêt de Paimpont les lieux de la légende. En 1889, Félix Bellamy décrit encore ici une allée couverte longue d’environ 10,5 mètres, avec plusieurs pierres dressées et des dalles couchées. Le monument était déjà abîmé, mais il restait encore suffisamment de matière pour comprendre sa forme.
Trois ans plus tard, changement d’ambiance. En 1892, Bellamy revient et découvre le mégalithe ravagé : le sol a été fouillé à la recherche d’un trésor, plusieurs pierres ont été renversées et les blocs trop lourds à déplacer ont été brisés. En 1894, il constate que la destruction est achevée. Les sources touristiques locales parlent aujourd’hui d’un dynamitage à la fin du XIXe siècle ; le témoignage de Bellamy, lui, décrit avec certitude le pillage et les pierres cassées, sans préciser la méthode employée.
Le fameux trésor, lui, n’a laissé aucune trace documentée. En revanche, les chercheurs de fortune ont réussi une performance assez remarquable : détruire un monument vieux de près de cinq millénaires pour vérifier une légende bien plus récente. Il ne subsiste aujourd’hui que trois pierres de l’allée couverte. Merlin peut donc dormir tranquille : l’archéologie, elle, a un peu moins bien dormi.



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