Détails

  • Adresse :
    15 rue de Choiseul
  • Date/période du vestige :
    30 au 31 janvier 1918

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  • 23 juin 2026 23 h 30 min

Description

Au 15 rue de Choiseul, dans ce quartier très dense entre l’Opéra et la Bourse, je pourrais facilement passer sans lever les yeux. La rue est étroite, les façades se succèdent, et l’on a plutôt tendance à regarder les vitrines, les portes d’immeubles ou le mouvement des passants. Pourtant, sur cette façade, un détail oblige à ralentir : la pierre conserve le souvenir d’une violence venue d’en haut.

Ce vestige est d’autant plus fort qu’il ne ressemble pas immédiatement à une scène de guerre. Nous ne sommes pas devant un fort, une caserne ou un champ de bataille, mais dans une rue ordinaire du centre de Paris. Et c’est justement ce contraste qui m’intéresse : ici, la Première Guerre mondiale ne se lit pas dans une grande composition mémorielle, mais dans une trace discrète, inscrite dans le tissu quotidien de la ville.

Dans la nuit du 30 au 31 janvier 1918, Paris est frappé par un important raid aérien allemand. Le Musée de l’Armée rappelle que cette attaque mobilise 30 avions, qui larguent 273 bombes sur Paris et sa banlieue, provoquant 61 morts et 198 blessés.1 Ces bombardiers, notamment des appareils de type Gotha, remplacent progressivement les zeppelins, devenus trop vulnérables face à la défense antiaérienne.1

Le 15 rue de Choiseul fait partie des points touchés lors de ces bombardements. Une liste officielle publiée après-guerre dans Excelsior, le 8 janvier 1919, recense les bombes d’avions et de zeppelins lancées sur Paris et sa banlieue, avec leurs lieux de chute.2 Le repère conservé sur la façade permet donc de rattacher ce détail urbain à un moment précis : celui où la guerre moderne atteint Paris depuis le ciel.

Ce que j’aime dans cette trace, c’est sa discrétion. Elle ne cherche pas à impressionner. Elle demande simplement que l’on s’arrête, que l’on observe la pierre, que l’on accepte de regarder cette façade autrement. En quelques marques, le lieu rappelle que Paris, en 1918, n’est plus seulement une capitale à l’arrière du front : c’est aussi une ville exposée, vulnérable, dont les murs ont gardé la mémoire d’une guerre désormais aérienne.

Sources

 

  1. Musée de l’Armée, 1914-1918, Paris bombardée… par avions [1/3], article du 14 février 2019. Source utilisée pour le contexte général des bombardements aériens de Paris pendant la Première Guerre mondiale, le rôle des bombardiers allemands de type Gotha et le bilan du raid des 30-31 janvier 1918 : 30 avions, 273 bombes, 61 morts et 198 blessés.https://collections.musee-armee.fr/1914-1918-paris-bombardee-par-avions-13/
  2. Excelsior, Carte et liste officielles des bombes d’avions et de zeppelins lancées sur Paris et la banlieue et numérotées suivant leur ordre et leur date de chute, 8 janvier 1919, via Gallica / Bibliothèque nationale de France. Source utilisée pour documenter les points de chute des bombes tombées sur Paris et sa banlieue pendant la Première Guerre mondiale.https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k566429f.item
  • Nath
    16 mars 2018 à 13 h 53 min

    Merci pour cette découverte ! Je travaille dans le quartier et pourtant je n’ai jamais entendu parler de cette tranche d’histoire et encore moins remarquer ce stigmate de guerre…D’autres pépites de ce genre dans les prochaines semaines 😉

    • gino
      16 mars 2018 à 18 h 12 min

      Heureux de vous avoir appris quelque chose Nath, c’est toute l’utilité de ce blog 😉 Oui, plein de vestiges de ce genre arriveront très prochainement, gardez l’œil ouvert !

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