Au pied de l’obélisque de la méridienne de Saint-Sulpice, certaines lignes de l’inscription latine ne sont plus vraiment lisibles. Elles n’ont pas simplement vieilli : des mots ont été martelés, laissant dans la pierre la trace même de leur effacement.
Le parcours historique de la Ville de Paris consacré à la Révolution identifie ces dégradations comme un exemple d’iconoclasme révolutionnaire. En 1793, les signes considérés comme trop liés à la monarchie, à la féodalité ou à la religion furent supprimés dans de nombreux monuments. Ici, la censure n’a pas fait disparaître le document : elle en est devenue une partie.
La méridienne elle-même est plus ancienne. Une première installation fut réalisée par l’horloger Henry Sully en 1728. En 1743, l’astronome Pierre Charles Le Monnier fit établir le grand dispositif encore visible aujourd’hui, avec le concours du constructeur d’instruments Claude Langlois. Les travaux de l’historien de l’astronomie Denis Savoie montrent qu’il s’agissait d’un véritable instrument scientifique, utilisé notamment pour l’étude de l’obliquité de l’écliptique.
Il faut donc regarder deux histoires en même temps : celle d’un instrument astronomique du XVIIIe siècle et celle de révolutionnaires qui ont voulu effacer quelques mots. Ironie parfaite : c’est précisément parce qu’ils les ont martelés qu’on les regarde encore aujourd’hui.





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