Face à Saint-Sulpice, ne regarde pas tout de suite les tours. Baisse les yeux vers la porte centrale. Dans le tympan en bois, quelques lettres très pâles dessinent encore une phrase : « Le peuple français reconnaît l’Être suprême et l’immortalité de l’âme ».

Cette formule appartient directement au vocabulaire politique de 1794. Le 18 floréal an II, soit le 7 mai 1794, la Convention adopte un décret affirmant que le peuple français reconnaît l’Être suprême et l’immortalité de l’âme. Quelques semaines plus tard, le 8 juin, la Fête de l’Être suprême est célébrée à Paris.
Le Musée Carnavalet conserve plusieurs placards révolutionnaires portant cette même formule, ainsi qu’une médaille frappée pour la fête du 8 juin. La phrase n’était donc pas marginale : elle faisait partie du langage civique officiel de cette période.

Sur Saint-Sulpice, elle est encore matériellement visible, mais presque avalée par le bois et le temps. En revanche, nos sources ne permettent pas d’affirmer qui l’a peinte ici ni le jour exact de son exécution. Mieux vaut donc résister à la tentation de mettre le pinceau directement dans la main de Robespierre.
Et l’église cache une autre trace de la même période. À l’intérieur, sur le piédestal du gnomon, les références à l’ancien pouvoir ont été martelées pendant la Révolution. À quelques mètres de distance, deux gestes politiques ont donc survécu : dehors, on écrit une nouvelle doctrine ; dedans, on efface l’ancienne.
Une petite phrase presque invisible suffit ainsi à faire basculer la façade de Saint-Sulpice en pleine Révolution française.




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